Vincent Darré

Si le monde lui ressemblait...

Récemment, pour Air France Magazine, j’ai eu la chance de rencontrer Vincent Darré…

 

 

Des comme lui, il n’y en a pas deux. C’est un échappé. Des grandes maisons (Lagerfeld, Yves Saint Laurent,  Chloé, Fendi, Moschino, Prada, Ungaro…), de la vie. Il danse à toute heure, décore ceux qui recherchent sa fantaisie, son dandysme surréaliste, sa bonne humeur élégante, sophistiquée. C’est un garçon épatant. Un livre tente de l’illustrer ( « Intérieurs surréalistes, Rizzoli ), un appartement de le résumer (13,rue Royale, à Paris) et tout récemment une collection de papiers peints fraîche et onirique, nous le ramène à l’actualité. Présentés lors d’une mémorable mise en scène lors de la vente Ritz chez Artcurial, en collaboration avec Au Fil des Couleurs, ils sont à présent disponibles au public. Bien entendu, c’est un magnifique qui nous reçoit: costume vert billard, noeud papillon Charvet, chemise Ralph Lauren, chaussures Santoni, bracelet Fred.

Qui aurait cru qu’un jour vous feriez tapisserie ?

C’est mon côté théâtral. Le papier peint est sans doute la chose la plus décorative qui existe. C’est un décor. Mieux encore, c’est la meilleure façon de cacher la misère: tout disparait par enchantement. C’est  aussi sa dimension enfantine. On a tous des souvenirs d’enfants à regarder les murs de sa chambre…Chez moi, mes parents étaient de vrais intellos. Donc, sur les murs, il n’y avait que des bouquins.

Et sur les murs de votre chambre?

Mon premier souvenir date de l’âge de 7 ans, ma mère me fit le cadeau d’une affiche d’ exposition sur le surréalisme. Il y figurait un gros parapluie. Voila. Je n’avais alors pas d’idoles, personne à punaiser.

Quel peut être le destin d’un tableau avec vos créations ?

D’être couvert pas d’autres, j’aime l’abandon. J’aime les cimetières, les maisons abandonnées où l’on retrouve les strates de papier peints qui se décollent. Rien de plus baroque que ces superpositions. Je pense au Casanova de Fellini avec des brocards, des tableaux à n’en plus finir. Une tapisserie Renaissance et par dessus un Balthus, pour moi, c’est le comble du chic. Il n’y a que les mélanges qui sont intéressants, le total look, c’est d’un total ennui.

Comment votre joie de vivre et votre excentricité ont résisté à l’air de Paris ?

je suis né à Paris, ce qui est indispensable, comme dit Diana Vreeland, la célèbre éditrice de monde. C’est déjà le bon commencement. Si vous avez un regard enfantin sur le cours des choses, c’est encore cela de gagné. Je ne pense jamais au passé, aux années Palace. Je les vois comme un vieux film et je crois surtout qu’il existe toujours de nouvelles aventures. Le truc, c’est d’imaginer que la vie est un film. Et d’en être les meilleurs acteurs possibles. J’ai été dépressif, j’ai perdu mon inconscience: je n’étais plus le même. L’inconscient donne de la force.

Quel est votre mauvais goût ?

Le mien ! Ça part de tout: de l’amour pour les chansons françaises, les mauvais films. Ma chance c’est que je n’en ai pas peur ! Ceux qui craignent le mauvais gout mettent du beige partout. Andrée Puttmann disait que dans son intérieur il faut toujours une faute de gout. Il faut juste du courage pour cela. De surcroit, j’ai eu mon adolescence dans les années 80, c’était le règne du mauvais gout, on avait peur de rien.

Une couleur avec laquelle vous ne vous entendez pas ?

Bizarrement le gris…Et puis non, regardez, je viens juste de faire l’intérieur d’Elie Top dans cet esprit, vous voyez. Plus on met de choses à l’opposé de ce que je pense, plus ça m’excite.…Rien de plus ennuyeux que des gens qui te demande ce que tu as déjà fait…

Quel est le plus merveilleux des matériaux ?

le velours. Le plus voluptueux, le plus somptueux. Si tu es fatigué, tu mets de velours, tout va mieux. On est de bonne humeur. Serge Lutens lorsque je l’ai connu m’a regardé droit dans les yeux et m’a déclaré d’un air terrible : «  Ta couleur, c’est le bleu! ». J’aime le soleil aussi, je suis démodé.

Faut-il parfumer sa maison?

Quelle question ! Bien sur. Mais comme c’est devenu très cher les bougies, n’étant pas très dépensier,  c’est le meilleur cadeau qu’on puisse me faire.

Quel usage faites vous des lumières ?

Dans la déco, c’est ce qu’il y a de plus difficile. Ma théorie: beaucoup de points lumineux, à droite, à gauche. Les plus belles lumières viennent des bougies. j’ai encore en mémoire la merveilleuse pièce sur Proust, avec Yves-Noel Genod. Au début, salle noire. Lentement, progressivement, tout le long du spectacle,descendant du plafond, une bougie gagnant en intensité. Le pire, le néon et les laids, dieu que c’est laid.

Y- t-il un endroit que vous rêvez de revisiter ?

C’est fait ! J’ai la chance de pouvoir oeuvrer sur Ladurée des Champs Elysées (avril-mai). Du coup, je n’ai pas besoin de rêver, mes rêves se réalisent avec des gens enthousiastes, venus me chercher pour s’amuser

Où sont passées les images ?

je suis un passéiste… et tout  ce qui nous tombe dessus…. Et toutes ces images… Elles m’amusent. Elles sont comme une drogue. Instagram m’a presque sauvé la vie. Je déprimais, on m’encourageait. J’avais peur. Les mots m’ont aidé.

Existe il une pièce manquante dans une maison ?

Une cheminée

Changez vous d’eau de toilette l’hiver venu ?

Avant je faisais Fracas, de Piguet, l’été. Et Narcisse Noir, l’hiver venu. Ensuite, je suis passé avec Eau d’Hiver, de chez Frédéric Malle, j’ai des infidélités avec Bal d’Afrique, Byrebo.

www.aufildescouleurs.com. Boutique : 31, rue de l’Abbé Grégoire, 75006 Paris. Corner BHV Marais :

52 rue de Rivoli, 75001 Paris. Galerie appartement Vincent Darré, 13 rue Royale, Paris.

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