S’il y a une chose qu’il faut soigner, sinon elles nous jouent des tours

ce sont les vacances

Les voila donc, droit devant. Les vacances. Le mot lui aussi semble fatigué. Il aurait trop servi, et mal. Il n’aurait jamais du quitter les royaumes de notre enfance. Vous vous souvenez? C’était comme un paradis, long et étiré. Il faisait chaud, les terres étaient blondes. Rien n’entachait l’horizon, l’ennui rôdait délicieusement. On pouvait lézarder, terroriser les vagues, suivre son ombre, attendre la bonne heure, jouer de la fraîcheur, accueillir la chaleur et sa volupté. Et puis, tout s’est accéléré. Il a fallu empiler plusieurs vies, être dans la rythmique, faire le malin, le singe, la carpe.

Surtout, les images se sont empilées. Autrefois, il y en avait une de temps à autre, un panneau publicitaire, un magazine d’actualité. L’espace était alors rempli, la fascination s’en occupait, nous appartenions au siècle sans trop se fatiguer. Nous avions nos icônes, nous les partagions avec la connivence des gens qui se comprennent. Il semble même que l’on chantait dans les restaurants, que les hommes sifflaient dans la rue les airs de l’été.

Aujourd’hui, c’est une autre messe. L’image est devenue ivre d’elle même. Il y en a plein. Les robinets de partout. Chaque jour, chaque seconde, elles affluent, s’accumulent, solennelles, effrénées, aberrantes…Nous même en rajoutons une couche, interposant des écrans, des objectifs. Il est même  possible dans quelques accélérations slashées de trouver du sens à cette furie pixelisées.

L’idée serait donc de trouver cette « vaquance ». D’aménager une paix secrète, une évasion souterraine. Un exil doré. Ce n’est guère compliqué. Il suffit de déjouer le sens commun. D’éviter les concentrations touristiques (fastoche), les surdensités estivales (easy), les pyramides de maillots de bains. L’art du contrepied est des plus simples. Il n’est pas besoin d’aller bien loin, cela nous évite les aéroports gorgés de neurasthéniques itinérants. Une maison au milieu des arbres, un petit cabanon au bord de la mer façon Léonard Cohen, une compagnie compréhensive, quelques livres, des feuilles de salade et une bonne huile d’olive. Se réveiller aux aurores, laisser l’air vous caresser, faire de même avec autrui. Accueillir le temps, le vide, le mur blanc. Douches froides, idées fraîches, épiderme alangui. Donner les clés au corps, aux mains, aux chemins. Vêtements légers, légèrement noués, vite retirés. Sieste, silence; quelques abstinences, beaucoup d’horizontales, de la douceur et de la fermeté…

 Il existait, dans les côtes du Rhône, un excellent producteur de condrieu (vin blanc floral, miellé et sensuel à boire frais vers 18 heures). Son vin était une pure merveille. Sans doute le réalisait-il dans une vraie solitude, au calme, l’aristocratie des choses réussies. Aussi chaque jour de la semaine, sur le portail de la maison, il apposait un petit panonceau aux lettres arrondies mais fermes. Il y était inscrit « fermeture hebdomadaire ». 

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