Rome. Et si nous allions à Centocelle…

Oû ça ?!

Il y a quelques semaines, pour le magazine féminin de slow living Dim Dam Dom, j’ai pu découvrir un quartier singulier de Rome, Centocelle…

Les capitales ont du plomb dans l’aile. Leurs centres sont ravinés par le tourisme. Ils poussent gauchement  leur âme vers les faubourgs. On y retrouve non seulement de la vraie vie,  mais l’innocence et la gouaille de jadis. À Rome, Centocelle appartient à cette galaxie désarmante que nous ne savons à peine approcher, ni même lire…

Les Romains vous rient presqu’au nez. Centocelle? Ils appellent des amis. S’esclaffent. La moisson n’est pas fameuse. Des gros mots. « Si tu n’es pas sage, on t’emmène tout de suite là bas ». On a presque pitié de vous.

il faudra s’habituer. le tourisme a dépecé les voyages. Les plaques tectoniques glissent. Les centre villes sont revisités comme les desserts de la téléralité. Partout la vie se fait la malle. Il faudra donc la quérir ailleurs avant que n’arrivent les grues, les roulettes des valises et les galeries d’art.

Quittons donc Rome, son ruissellement de monuments, ses bains de foule, son déluge de lumière et de grâce. Fuyons donc cette ville dont l’usage se fera aux aurores somptueuses ou la nuit avancée, magique. Sous vos yeux, la ville va s’éclaircir la voix, se dévêtir. Passons les fortifications. Les pins ne font plus les parasols, une glycine soulève une grille. La ville est un instant muette, griffe ses graffitis, chasse son chat de la gorge. Les bus s’approchent des terminus.

Dans le parc de Centocelle, un maitre appelle son chien. Celui-ci ne l’écoute pas. Il fonce vers la piste de ce qui fut ici le premier aéroport italien (1909). Les herbes le bordent, mais il reste muet dans sa longue oblique bitumée. Dans l’église Sant’ Iréneo, Dieu, lui écoute, semble-t-il. Il est dix heures du soir, il y fait bon. Un migrant sommeille près de son sac à dos. Une femme agenouillée prie, son mari patiemment attend. Dehors, un homme fume à sa fenêtre.

C’est vrai le quartier de Centocelle n’est pas franchement joli dans sa modernité astringente, ses lotissements d’urgence. Vos amis avaient raison, nous ne sommes pas dans un tableau de Claude Lorrain. Résonnent les commentaires désobligeant que la pudeur naturelle de ces lignes ne nous empêche de reproduire.  Ce que nous viendrons donc  chercher ici, c’est autre chose. Désintoxiquer l’oeil, les oreilles, les obliger à aller chercher ailleurs, apprécier les nuances des ombres,  trouver les nervures d’un quartier métissé d’Afrique, d’Asie, d’Inde, de Pakistan. Maintenant, vous avez la paix: plus de guide levant comme un sceptre leur parapluie replié, place à la vie ! Vous verrez, on s’y fait vite. C’est comme une vieille chanson oubliée et retrouvée. Trois dames papotent dans un salon de coiffure en dévorant une pizza repliée dans un cornet. Chez le tailleur, un homme ajuste sa veste avec sérénité. Trois garagistes en salopettes bleues et  cambouis en armoiries,  rigolent dans la rue. La beauté ne nous accapare plus, elle s’est retirée avec ses orgues. Ici, on ne remonte pas le temps, on l’efface. Place au palazetti, ses immeubles dressés à la hâte dans les années 60. La vie semblait plus légère. Dans le restaurant DOL, une vaste photo en noir et blanc nous rapporte intacts ces instants de joie populaire: le tramway arrive (1956), la population est sur les trottoirs, les édiles dans les wagons. Des cyclistes le doublent en costumes et grands sourires. Dans la salle, de beaux visages dans leur vérité loin de toute urbanité, des artisans, des artistes, des fistons amenant leurs parents cahotants.

(suite demain !)