Paris. Le Publicis Drugstore, c’est bien mieux

c 'était pas trop compliqué, enfin presque

Publicis Drugstore, retour aux sources

Pour ainsi dire, le Drugstore des Champs-Élysées ne nous intéressait plus. Sans doute parce qu’il était si joliment marqué par une époque: les minets, les chaussures de chez Carvil, tchip tchip dodou wah (Jacques Dutronc, Les Plays Boys, 1966). Il était même gravé. Comme une vieille voiture, on voulait le garder dans son jus. Ou passer à un autre modèle. Plusieurs chefs sont passés par là (dont Alain Ducasse), mais le genre était atone, le public ailleurs. Le drugstore aurait pu plier bagages et s’envoler dans nos souvenirs, comme celui de Saint Germain des Prés, jadis à l’angle de la rue de Rennes. Il y est bien du reste dans notre mémoire: intact, avec sa librairie, ses photos noir et blanc, les R 16. Quant à celui des Champs Élysées, c’est Eric Frechon qui s’y est collé. Exercice qui n’est pas pour déplaire à celui qui s’illustra très vite avec son bistrot du XIXeme, lors de la naissance de la bistronomie (La Verrière, 1995). Formé au Crillon (avec Christian Constant), Frechon n’est pas seulement le grand chef trois étoiles que tout le monde connait (Bristol, 2009), c’est avant tout un cuisinier prolixe (Mini Palais) et surtout dans son établissement grand public, le Lazare, à la gare Saint Lazare. Le grand public, il connait. Et là au sommet des Champs-Élysées, il est servi. Public de tous poils, des plus snobs au plus mal élevés (souvent les mêmes), gentils touristes dociles, habitants du Huitième, anciens sentimentalistes, il y a de tout au Drugstore, joli mélange aussi passionnant et hypnotisant qu’un feu de cheminée. L’assiette quant à elle, fait le job. Pas de volonté de faire de l’épate, ni de cachetonner dans le vite fait/bien fait; non des plats sérieux, impeccablement exécutés, pas trop violents dans les prix, à l’instar de ce plat « signatures », une savoureuse araignée de veau/câpres/citron/parmesan. Une composition très vivace qui aurait même gagné une meilleure exposition en assiette plutôt qu’un enfermement dans un support encavé et guère pratique d’accès. Un dernier mot sur un des fondamentaux des drugstores: la banana split et son indispensable vulgarité, son aristocratie vicieuse. Elle passe le test avec un ramequin un peu serré et manquant de fluo (style fraise) mais plus que convenable avec une banane bien murie poêlée et flambée au rhum, des grains de raisin et les amandes.

Les meilleures tables. La terrasse sans aucun doute avec le va- et-vient grandiose. À l’intérieur, jolies lumières, banquettes rembourrées, et tablées tranquilles (décor signé Tom Dixon).

Dommage: la tenue des cuisiniers tout en noir vêtus, même la toque. Brrrrr !

A emporter. Les boutiques du Drugstore avec leur légendaire opulence: pharmacie et surtout le coin presse.

Drugstore Champs Elysées,133, avenue des Champs-Elysées

75008 Paris. Tèl.: 01-44-43-79-00. Ouvert tous les jours, jusqu’à deux heures du matin.

Décibels: à l’intérieur, calme urbain (70db), plus sonore en terrasse.

Mercure: maitrise de la climatisation.

L’addition:  comptez 40 à 50€ par personne.

Minimum syndical: Club sandwich au poulet et bacon grillé, pommes allumettes 24€.

Verdict: yess

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