Paris. Palais de Tokyo, enfin à la hauteur

Et non, ce lundi, je ne déglingue pas...

Les Grands Verres, le goût du temps

Rien de plus parisien que de dîner dans un lieu stimulant, avec de bonnes têtes, beaucoup d’esprit et le souffle de l’époque. Ce n’est pas trop compliqué, il suffit de chercher du côté des musées, et paf, le fruit tombe pile, net dans l’assiette. Vous voici au Palais de Tokyo, à Paris, avec ses volumes enthousiasmants, ses expositions, sa librairie. À chaque fois, il y a de belles figures, des regards perdus, des solitudes inspirantes. Succédant à Tokyo Eat, le nouveau restaurant s’est posé là-dessus avec pas mal de mental dans la proposition (l’équipe Quixotic Projects, celle-là même de la Candelaria, Glass, Hero, Mary Celeste…),  de la réflexion dans l’aménagement (signé Lina Ghotmeth) et surtout une envie de tout bouffer. Bien souvent, l’assiette souffre de ce rentre-dedans médiatique, sort exsangue des propos préliminaires, sa fougue manucurée. Pourtant ce soir-là, elle était bel et bien au rendez vous avec pas mal de touches orientales, hésitant entre Liban et Syrie, notamment dans des desserts riches, heureux, lactés et pistachés (la pêche et la prune mêlées dans un elton mess remuant). Il y avait même de l’esprit, de l’entrain, de la belle volonté comme avec l’artichaut passé au four, joli dans ses hanches dorées, relevé avec une vinaigrette épicée. Le lieu jaune  avait de l’allure avec ses pistaches et le pesto de coriandre, à l’instar de l’épaule de porc Berkshire avec son aubergine fumée. L’endroit a du caractère et le repas sait se glisser avec pertinence sans trop la ramener à l’image du service à l’écoute, urbain, compréhensif. Finalement, d’un restaurant on attend qu’il vous dépose à l’issue de la soirée, l’esprit vif, le coeur en habit, l’estomac allègre. Il ne doit pas trop empiéter sur vos humeurs mais suffisamment pour vous inscrire dans une ville (Paris, trop belle), le temps, l’époque. C’est cette étrange péréquation qui échappe parfois au chef, au patron, à vous même mais qui s’imprime dans votre mémoire, sans trop d’éclat mais avec justesse.

Les meilleures tables. Le long des grandes baies, notamment au fond à gauche, mais aussi et surtout le long de l’immense bar, histoire de palper au fameux cocktails maison ( les instigateurs du lieu, Quixotic, avait décroché une classement mondial plus que flatteur).

Dommage. Il ne faut pas louper son timing, trop tôt , l’ambiance est atone…Après, ça commence (21h30)…

A emporter. Attention, le passage à la librairie peut être fatal. Vous connaissez le scénario qui remplit la moitié des bibliothèques: un verre de merlot et hop, on dévalise le bazar.

Les Grands Verres,  13, avenue du Président Wilson, 75116 Paris. Tél.: 01 85 53 03 61.Ouvert tous les jours.

Brunch le Samedi et Dimanche de 10h-16h.

Décibels. 81 db, élégant brouhaha urbain grimpant docilement au fil de la soirée.

Mercure. Ventilé aux beaux jours par les courants d’air locaux.

L’addition. Dans les 40€ par personne.

Le minimum syndical. On peut partager des « grands plats »,  style poitrine de porc confite et croustillante pour 2 ou 4 personnes (40 ou 80€)

Verdict. Oui.

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