Paris. Jacopo, lése béton

Jacopo, mais pas en cuisine

C’est quand même amusant ce que l’on peut faire dire aux mots. En fait, tout ! C’est sans doute le propre de la cuisine. Non point de mentir, mais de maquiller, transformer une brave bavette en plat magnifique. Il suffit d’un peu de thym, d’échalotes, d’épices. Voici donc un « bistrot » récemment ouvert dans le Huitième arrondissement de Paris, l’un des plus coton de la ville. Pourquoi ? La clientèle y est plus qu’ailleurs volage, capricieuse, la tête ailleurs; la fourchette taquine et superficielle. C’est l’un des plus difficiles de la ville. Capable de succès immérité, comme de disgrâce injuste. Jacopo (du prénom de monsieur de Bassano, peintre italien) arrive donc avec son volume impressionnant, balançant entre sauvage et brut,  béton ciré et tables de bois. Mais on est loin pour tout dire du « bistrot » avec sa bonhommie, son jadis apaisé, ses plats de mémoire. Qu’importe au demeurant, Paris a l’échine souple, peut avaler des tiramisus aux mangues, des soles au chocolat, et des tartares de légumes verts. L’assiette est ici signée par Thomas Sombardier (étoilé Michelin et finaliste de Top chef) et tout simplement, dixit la carte, « un mec sympa ». Sauf que bien sur, il n’est pas là. Probablement dans son propre restaurant (Antoine, à Paris), ce qui est louable. Ce qui nous importe, c’est l’assiette. Celle-ci est faite avec précision. Cela se voit car les cuisines sont ouvertes. Trois chefs sont là les bras croisés, et des juniors en admirable application et dévotion, s’appliquent à faire comme on leur demande. Oeufs avec mayo siphonnée sans histoire, un peu chiche tout de même à l’image du cabillaud tout petit recouvert de feuilles d’épinards, nickel dans la cuisson, mais poussif dans les saveurs (manquant de fraîcheur). Les frites font le job et la mousse au chocolat est méritante. Disons, sans être vache, que cela ne casse pas trois pattes à un canard. Ce qui importe ici finalement, c’est l’ambiance. Massage de la musique vintage, échauffement des épidermes, brassage des tablées pour terminer en bas, dans le speakasy, masqué par une porte mystérieuse. La soirée peut enfin commencer.

Les meilleures tables. Au fond sans doute, sur la gauche pour balayer la salle du regard; ou alors près des cuisines ouvertes.

À emporter. Pas grand chose.

Dommage. Les portions, la cuisine évasive.

Restaurant Jacopo, 5 bis rue Vernet, 75008 Paris. Tél. : 01 42 89 20 22. Tous les jours de 12h à 2h. Bar à partir de 18h.

Décibels. Prévisible, sonore et animé: 90db.

Mercure. En fonction de la proximité des cuisines (attention, ventilation moyenne), jusqu’à 21°c.

L’addition. Franchement, ce n’est pas cher,vu l’emplacement mais portions riquiqui; comptez 32 euros

Minimum syndical: cotes d’agneaux fumées au thym 19,50€.

Verdict. Pour le bar, oui.

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