Paris. Le Griffonnier, huitième rugissant

le dernier des Mohicans

Combien en reste-t-il à Paris ? Ce sont des réserves de Mohicans, épargnées par la salade king crab, le yuzu et le chou khal. Du reste les habitués de ce bistrot situé à deux pas de l’Elysée, sont comme des échappés, des survivants d’une époque où l’on sauçait, riait fort et parlait à volume 10. On rit même aux éclats, aux larmes, aux citoyens. L’adresse est hors radar, fonce sans lumière, déboite sans clignoter. Du reste, dès  que vous ouvrez le bec, vous êtes dans le fossé, la dose  calorique hebdomadaire dépassée: foie gras de canard, plats en sauces, rondelles de sauciflard glissées dans le bec transformée en fente de tire-lire. Vous êtes horrifié? Vous n’avez pas tort. Continuons, donc. Fonctionnaires de la place Beauvau, antiquaires, avocats, financiers , tous affluent le jour du chou farci. Celui ci n’est annoncé que par SMS (logiquement un jeudi) mais à écouter le maitre des lieux, Cedric Duthilleul, « c’est trop de boulot ». Soit deux jours à blanchir les feuilles de choux une à une et laisser mijoter la farce de porc, de veau, de blettes, oignons et un jus dit « corsé ». Le résultat est un vrai petit miracle marchant en dehors des clous, une sorte de ciel ouvert, fumant et apaisant; un mamelon maternant, une aubaine, un firmament, un petit jésus en son velours côtelé. Le public rutile, applaudit presque, rugit, en redemande. C’est parfois drôle de voir cette adresse prendre alors le large sans crier de gares, sans vergogne, au poil (quasiment que des messieurs…). Pendant que la gastronomie marche sur les oeufs, le Griffonnier écrase tout: empile escargots, céleri rémoulade, onglets, confits de canard (maison!), fromages se la coulant douce, mousses au chocolat, oeufs à la neige. Ce lieu tonitruant n’est tenu en laisse par aucun guide. Il renifle, fonce, ne se retourne pas. Le patron parfois a du mal à tenir son petit monde perdant toute raison, commandant sans foi ni loi, ne se réveillant que vers 15 heures avec des exclamations faussement indignées. Bien entendu, il convient de venir ici avec un appétit de bucheron, des vannes bien drôles (connaissez vous, celle de l’âne et de l’aigle dans un avion?) et de la bonne humeur à revendre. Cela dit, je suis sur que certains déprimés viennent ici en loucedé reprendre des couleurs, se refaire une santé et décrocher gratos un arc en ciel dans leurs cieux incompris.

les meilleures tables. Faut déjà en décrocher une ! Sinon n’importe où, en bas c’est mieux qu’en haut. Au bar, c’est bien aussi.

A emporter. Logiquement, on peut repartir avec foie gras, truffe, saumon…la maison est prodigue.

Dommage. Peut être les frites qui laissaient sceptiques nos Belges de voisin.

Le Griffonnier,8 rue des Saussaies, 75008 Paris. Tel.: 01-42-65-17-17. Fermé samedi et dimanche. Ouvert de 8h à 21 h, fermé pour le dîner sauf jeudi. Pour le chou, téléphoner pour se faire préciser le  jour.

Décibels: 88db, attention lieu rugissant.

Mercure: 21°c côte à côte viril.

L’addition: il n’est pas exclu de se lâcher,sinon 40 euros.

Minimum syndical: onglet aux échalotes direct: 26,50€.

Verdict: go, go, go !

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