Paris. Le Crabe Royal et ses grandes pattes

Pas mal, mais bon...

Rien de plus jouissif que le lancement d’un restaurant parisien. c’est un jeu bien rodé, travaillant à l’incandescence, à la précipitation comme on le ferait d’une sauce afin de mieux en cerner les contours. Aujourd’hui au Crabe Royal, place de la Madeleine, le téléphone n’arrête pas. Visiblement, les journalistes arrivent par fournées, les invitations (à l’oeil) ont été lancées, s’agit de faire vite: la vie d’un restaurant tient souvent à un fil, il suffit de louper le départ et tout peut s’effondrer en quelques semaines. Bonne nouvelle: le crabe que l’on pensait marcher à reculons est en vogue. Suffisait d’y ajouter un adjectif « king » ou « royal », c’est du même coffret. La chair du crabe a de quoi rendre dingo. Souvenez-vous.  On la cherchait avec une fourchette longue et étroite les quelques miettes de ce crustacé caparaçonné. Franchement, c’était délicieux. Il y avait même de quoi aboyer.  On salivait abondamment, la tablée était vandalisée; le pain et le vin étaient épuisés. Il restait toujours du crabe. Vivant, après cuisson, la chair du crabe est magnifique: entre la finesse de l’araignée, la fermeté de la langouste. Avec la race royale, la bestiole devient immense, avec une envergure à vous faire réveiller en sursaut la nuit (deux mètres). Certes elle a été pêché au large de l’Alaska, puis cuite, congelée; histoire de stabiliser le produit. Mais elle a, au passage,  perdu de sa magnificence. Le crabe royal s’inscrit cependant dans l’imaginaire de la table, celui la même qui se nourrit de l’image plus que du produit. Royal suffit, le reste suit. Les tables parisiennes raffolent de ce genre de nourritures agaçantes et diaphanes; celles- là même qui confortent les appétits en berne avec des repas asthéniques, des plats autistes. Il faut bien l’admettre, même l’assiette avec trois belles pattes facturées à 34 euros, n’appartient pas aux grandes secousses, mais reste plutôt de l’ordre des curiosités: grillée avec une sauce à base d’huile d’olive, yuzu, « gratinée »  avec une sauce crémeuse cébette et poivre et enfin« caramélisée » » au miso. Finalement, cela nous permet de parler d’autres choses. De soi par exemple. On devrait adorer cette table.

Meilleures tables. Peut être au fond sur la droite, ou alors au comptoir.

Dommage. Les crackers au goût de pain,sans grand intérêt, mieux vaudrait un bon pain noir.

A emporter. Vente sur place, ça, c’est bien !

Crabe Royal 19, Place de la Madeleine – 75008 Paris. Tel.: 01-81-69-96-70. Fermé dimanche. Ouvert de 12h à 22h30.

Décibels: 80db au déjeuner, lorsque la salle est pleine et contente (d’elle même).

Mercure. 20°c, les aléas de la porte ouverte régulièrement.

L’addition. On l’aura compris, adresse cossue, où l’on ne se mélange guère. Comptez 50 euros par personne.

Minimum syndical. Vous plaisantez ?! Bon, allez, deux pattes grillées, 24 euros. Mais une demie heure après, on a une vraie dalle.

Verdict. Malgré un service délicieux, adresse accessoire.

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