Paris. Cadoret, après vous…

Vraiment bien

Rien de plus implacable qu’un quartier. C’est une sorte de miroir, une loupe au bout d’un fil. S’il est rentré en lui même, calme et cossu, vous aurez la paix, cuisinerez dans l’indifférence ouatée des plats bourgeois. S’il est furieusement à la mode, il conviendra de tutoyer cette dernière avec les arguments du jour. Si vous atterrissez dans un XIXeme popu, bavard et les pieds sur terre, comment dire…: là, vous avez intérêt à réalisez où vous mettez les pinceaux. Une faute de carre et vous allez illico au fossé, les banquiers aux trousses et la honte à la maison. Il convient donc d’être « intelligent ». Ingrédient pas donné dans le métier, car grosso modo, on file vite là où l’on pense savoir. Etre intelligent, c’est regarder sa clientèle, l’aimer ensuite. Lui donner à manger. Ici à deux pas des Buttes Chaumont, là où Paris chemine dans le pentu, Léa (en cuisine) et Louis Fleuriot (en salle), soeur et frère, pondent une cuisine proche la cuccina povera, où tout est d’une simplicité biblique. Pour cela, il faut avoir l’égo humble et ce n’est pas un hasard si en cuisine, il n’y a quasiment que des femmes. Voila pourquoi sans doute les plats montent au front avec bonté et nous y revoilà, avec intelligence: l’oeuf mimosa avec ses herbes et de la frisée se balade allègrement alors que les caillettes maisons déploient un joli murmure de thym, sous-tendu par les carottes râpées. C’est agréable ce genre de musique , car on tend l’oreille, et l’on ressent une cuisine de source. Le lieu jaune est impeccablement cuit, prononçant sa nacre avec l’intonation exacte, alors que lutinent dans un coin un beurre monté, du chou et du céleri. C’est sans doute sur le final que vous risquez d’avoir la larme à l’oeil, car la crème caramel est à tomber (dans l’enfance). Elle est adorable, artisanale, à cuillèrere dans l’hypnose et le plaisir. Clientèle conquise, en revenir. Le soir, parait-il, ça chauffe un peu plus après  les ruades de la journée. C’est sans doute au déjeuner qu’il faut cueillir cette fleur de pavé, regarder les gens vivre, patienter avec un verre de vin blanc, respirer le temps avec sérénité. Il y a un bar, des journaux et dans un imperceptible maillage, le quartier qui a pris corps dans ce restaurant.

Les meilleures tables. Au comptoir, c’est pas mal du tout, en terrasse bien sur et son soleil, dans la salle à gauche en entrant pour admirer l’équipe en cuisine (ouverte)

Dommage. Un peu bruyant le soir, mais bon, on le devine tout de suite…
À emporter. Le plaisir simple;

Cadoret, 1, rue Pradier, 75019 Paris. tél.: 01-53-21-92-13.

Fermé dimanche et lundi.

Décibels: au déjeuner, bucolique 75db; le soir, vitesse supérieure.

Mercure: avec les vitrines ouvertes, températures saisonnières.

L’addition: Comptez 35 euros.

Minimum syndical: les formules du déjeuner à 16,50€ et 19,50€.

Verdict: oh oui !

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