Ouin, le steward se fait la malle !

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Il fallait bien trouver une adresse pour noyer la nouvelle. Après Montceau-les-Mines, Chandai, Acquigny, Laigle, le steward avait jeté son dévolu sur Crépy-en-Valois. Un TER, et hop, un petit restaurant vaillant comme il les aime, brave comme tout, éritant. Bref, de cette France qu'il adore, dont il boit chaque millilitre de ses AOC, la part des anges et autres dérivés laitiers. « Ben oui, déclare pataud Gauthier Pajona. J'ai pris le plan de départ et depuis octobre je suis à la retraite ! » Ça m'a mis un coup sur la cafetière tout de même. Combien de guignolets, de poires et de pousse-café inclinés ensemble ? Combien d'hôtels deux étoiles, de gougères au fromage et de serveurs transpirants ? D'Abribus, de fleurs artificielles, d'hectomètres de mises en bouche? De suppléments pour le pigeonneau au foie gras, de financiers réchauffés, de parkings en gravillons ? Une France des restaurants en résumé : des trois-étoiles plastronnant, embués d'eux-mêmes (sans intérêt pour être franc, la grande leçon). Puis tout au fond, des p'tits gars pochés sous les yeux ; des patronnes choucroutées, des Micheline au petit matin. Le steward (en fait un chef de cabine chez Air France) va donc replier ses ailes dans l'Yonne, faire des piges dans Bourgogne Magazine, qui sait, ouvrir un bistrot, cultiver son jardin, surveiller ses mirabelles et ses nièces.
 
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À propos, que va-t-il faire de sa brouette de billets ? S'acheter une camionnette. Comme ça, il pourra voyager tranquillos, déplier son matelas, inspecter les chemins vicinaux, les Bib gourmands, les ratiocinaires de l'andouillette. Il est comme ça, mon steward, une sorte de chevalier chevauchant un croissant au beurre des Charentes, levant l'étendard des flans à la vanille et des baguettes artisanales.
Dans la salle à manger de cette brave adresse, on avait presque la larme à l'oeil. Mais promis, on se reverra pour une nouvelle fois se taper la cloche. Pendant ce temps-là, le déjeuner défilait irréprochable, plus qu'honorablement : tartare de boeuf aux pommes et au bouillon japonais, saint-jacques fumées à la minute et son risotto (un peu secos), puis une composition à base de chocolat et de caramel salé un peu bancale. « Et tout ça, s'emporte mon steward exalté par une poire Williams, pour 23 euros, le ticket moyen chez un Hippopotamus. Voilà ce que l'on doit défendre : des gens comme ceux-là ! » 
C'est vrai, il n'y avait pas grand monde : une tablée d'hommes d'affaires, speaking angliche façon Bourvil, et c'est tout. La misère du monde. Pourtant au service, c'était gentil à souhait, dévoué, sincère. Lorsqu'on a tourné les talons, il pleuvait, c'était bien triste. Le TER arrivait. « Un Bombardier », estima le steward avant même qu'il n'arrive. Ce fut, contre toute attente, un Alstom. Bouh, le jour était vilain. Et ces adresses de coeur, de passion, venaient de perdre l'un de leurs apôtres.
Le Carré des Saveurs. 21, rue Jeanne-d'Arc 60 800 Crépy-en-Valois. Tél. : 03 44 39 70 12. À partir de 23 euros
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  • LobsterMayo
    28 novembre 2013 at 2 h 41 min

    Du grand Fraçois Simon, j’adore ce papier…

  • a.o.
    28 novembre 2013 at 7 h 05 min

    « pour 23 euros, le ticket moyen chez un Hippopotamus. Voilà ce que l’on doit défendre : des gens comme ceux-là !  »
    Bon sang de bonsoir il va bigrement nous manquer ce Stewart!

  • bottes italiennes
    2 décembre 2013 at 20 h 41 min

    There is the promise of income, rebates and discounts if you will just tour this resort or that propertya?| make a working day of it! Get a free of charge lunch! It will be great

  • elsa
    3 décembre 2013 at 13 h 27 min

    Moi, je veux bien prendre sa place au Stewart! ou du moins essayer de le remplacer….