Napa Valley 3/10. La grande leçon du domaine Harlan

rencontre avec un sacré type

Troisième  (grande) leçon au domaine Harlan

C’est sans doute le moment pour libérer enfin le chant de la Napa Valley. Ce chant miraculeux, nous le devons aux protections des lois sur les terres agricoles (1965) et sacrifiant les étourdies (la Silicon Valley). La vallée tout le long de la Route 29 sinue, se contourne, enchaine ses lacets comme dans un enchantement. Les chênes californiens, les saules pleureurs accompagnent la mélopée donnant au pays des allures de terre promise. Lorsque l’on gagne les coteaux, l’impression devient alors prégnante. C’est splendide. Vous prenez des petites routes de traverses pour gober un paysage mouvant, dense, presque gothique lorsqu’il se met à raviner, vallonner, se dresser. Après le village estompé d’Oakville, en obliquant vers Acacia drive, vous allez tomber sur un domaine magnifique de 300 hectares, dont 10% seulement sont plantés de vigne. La nature ici bouillonne, suffoque de végétation, reprend ses respirations, entonne ses hymnes, claironne la santé séveuse. Dominant la vallée, sur la terrasse d’un mas sobre et élégant, entre hacienda et villa,  est assis un homme calme au regard d’aigle. Il s’appelle H.William Harlan, et se laisse appeler Bill après une énergique poignée de main. Il est habillé d’un pantalon en toile de jean, d’une vaste chemise bleue sainte vierge, et d’une sous chemise sans col à discrètes rayures. Derrière sa barbe et ses cheveux blancs, façon Christ de western, avec ses yeux bleus, il vous regarde placidement. Cet homme de 76 ans est une légende. Il a bâti un domaine et une fortune en cravachant dur. Aujourd’hui, ses vins  culminent dans les hauteurs des classements et des tarifs du  marché. Pour accéder au bonheur, comptez 850$ pour une bouteille de Harlan Estate et 450$ pour le petit dernier, le Promontory. Ou , plus simple alors: rejoignez son club privilège. Droits d’inscriptions? 150 000$. Formulaire sur demande.

 « Quelle est votre question? » demande Bill. « Où je prends mon risque ? Depuis toujours, j’ai pris des risques. Quand j’étais jeune, lorsque je faisais des courses. Lorsque je  traversais l’Afrique à moto. Lorsque je suis devenu joueur professionnel de poker… en me lançant dans l’immobilier. En traversant les océans en bateau, en faisant de l’acrobatie aérienne. J’en ai toujours pris. J’en prenais, ici il y a 40 ans alors que la nature était inhospitalière. En taillant une route, dressant un barrage, créant un lac, en plantant des vignes, en choisissant mes cépages, en créant ex nihilo un vignoble ». 

Bill aura attendu 13 années (treize !) avant de mettre ses bouteilles dans le circuit. Aujourd’hui l’Harlan Estate (conseillé  par le manitou Michel Rolland) fait se pâmer le gotha de la critique:  Robert Parker claque un 100 pour le millésime 1997, alors que la réputée Jancis Robinson ne mâche pas ses mots. Selon elle, les vins de Bill appartiennent tout simplement « aux dix plus grands vins du du XXeme siècle. »

Ce visionnaire apaisé et misant sur la nouvelle génération (que des trentenaires autour de lui, dont son fils Will 30 ans et sa fille Amanda 27 ans), se revendique d’être avant tout un peone, un « farmer » . Il regarde alors de son hacienda en bois rouge et belles pierres. C’est l’oeuvre d’une vie. Voici les vignes et leurs graphismes ondoyant, cet incroyable magma de végétation. Il y a peu c’était encore un continent sauvage peuplé de renards, de biches, de daims, de cerfs, de lapins, de coyotes, d’ours bien sur ( l’emblème de la Californie) de « mountain lions », de scorpions, de lézards,  serpents,  coyotes, racoons…Une incroyable  diversité avec le ciel reprenant la chanson: des corbeaux, aigles, faucons, hiboux, corbeaux, dindes sauvages,  canards héron, pélican. Si vous vouliez imaginer l’origine du monde, elle n’est pas dans une musée, mais peut être ici même…

 Bill a déjà  grimpé dans sa toute nouvelle Telsa modele S. Et mine de rien, alors que l’on est encore dans le songe d’une journée d’été,  histoire d’impressionner le gringalet de passage, il plaque une accélération fulgurante à vous faire décrocher les oreilles. Le bolide apparemment inoffensif bondit de 0 à 100 kilomètres heure en 3 secondes. Le conducteur savoure son effet et nous dépose devant le domaine Promontory, acheté à la famille Mondavi, il y a quelques années. C’est ici que se construit le futur de ce  domaine familial et ce depuis qu’il a rencontré son épouse Deborah. Cesser de fuir à travers le monde, mais bâtir une famille, un domaine et regarder tout au loin. Pour Bill, la jauge du lointain, c’est simple, c’est 200 ans. On comprend alors ce souci dingue de cet homme impressionnant poussé jusqu’à la réalisation de ses étiquettes (réalisées par un ancien graveur du Trésor public). Promontory est destiné aux nouvelles générations qui pointent en Californie. Elles sont déjà (très) riches, sentent  confusément de l’attrait pour le vin. Voici pourquoi, on a construit ces bâtiments aux épures oscillant entre Japon et hacienda californienne. Un lieu qui non seulement en jette (immenses portes coulissantes, salles de dégustations  aux pénombres théâtrales, interminable rigole d’acier déversant vers le futur…) mais qui se la joue musée, histoire de rejoindre les arts (il n’y a pas de raison). Les visites sont organisées au compte goutte. Il serait dommage de ne pas figurer parmi ces dernières, tant le souci du détail, le luxe de la cuverie, des rampes d’escalier sont des une merveilles troublantes et réjouissantes d’une réalisation hors pair. En 1959, on comptait sur les doigts de la main, les domaines que l’on pouvait visiter. Aujourd’hui, ils sont plus de cinq cents.

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