Nakazakicho, la bonne surprise d’Osaka

Nakazakicho fonctionne ainsi, délivre des petites perles à chaque instant. Faites glisser la porte de ce café indolent, et vous tombez sur les années Soixante-dix conservées telle quelle. Il y a certes une dimension kawaï avec jolies façades roses et blanches, plats organiques et cappuccino au coeur amoureux. Mais il y a aussi cette profondeur artisanale. Celle de ce tailleur travaillant sur mesures, amoureux des fibres naturelles et des teintures successives. Il est menacé d’expulsion mais garde le sourire. Ce même sourire franc et ouvert, on le retrouve partout dès que l’on s’engage. Au restaurant de Udon, dans le rush du déjeuner, les vapeurs et les commandes accélérées, tout à coup, un visage s’éclaire, la vie est à l’endroit.

Il était tentant de ne pas pousser la porte de la grande librairie Tatsuya. L’une des plus belles réussites en la matière d’autant qu’elle est adossée à l’université et un Starbuck café intégré. À l’heure du déjeuner, des solitudes s’alignent sur les profondes banquettes vert saphir, on semble absorbé dans les écrans, un délicat sandwich à la main. De partout les livres, les revues, un présentoir de rouge à lèvres, des mugs et au premier étage, une salle animée , le start-up café. 

À quelques pas de là, ce grand gaillard racé et bronzé, nous entraîne dans on antre. c’est le meilleur spot pour la plongée, véritable caverne d’Ali Baba, avec trente-six paires de palmes, des masques à profusion et des tonnes d’excursions toutes proches d’ici.

En fait, Nakazakicho nous réapprend la ville. Plus solidaire, plus souriante, plus sauvage et secrète. entre deux maisons, on se masse le front. Serait-ce là ? Le couloir est si étroit que les épaules se resserrent, le parapluie rentre ses baleines. De la tuyauterie émerge un sac bleu Klein pour réceptionner l’Asahai Shimbum. Et puis derrière cette porte de bois chétive, voici notre maison de thé, une maisonnette maigrelette; celle-là même où naquit non loin d’ici Tadao Ando. il y apprit l’obscurité et la lumière.
Le soir, Nakazakicho bascule dans la nuit. Le quartier prend un autre visage. On se détend, on se laisse aller. Les Européens vont halluciner: les izakayas, les cafés sont emplis de ces odeurs de tabac vintage. Vous souvenez-vous lorsque vos voisins vous envoyaient leurs vapeurs dans le visage? C’est ainsi. Le téléviseur est allumé et diffuse un match de baseball de l’équipe locale. Celle-ci est à la peine. On l’encourage mollement avec une enième bière, un magnum entamé de saké. C’est à ce moment là que le quartier offre une humanité apaisée, épuisée. Les visages racontent un tout autre roman que celui de la ville, comme si la nuit avait mangé le béton l’acier et le verre, pour laisser vivre les vivants. Il est tard, il était grand temps de vivre.

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