Memphis 3/6. Blue Suede shoes

nuits

Blue suede shoes

 

Pour Air France Magazine, j‘ai eu le grand plaisir d’accompagner Yann Leduc à Memphis, voici quelques impressions …

 

 

 

 

 

En fait, la ville n’aura de cesse, comme la mer et son ressac, de vous hanter par sa musicalité. Partout, elle surgit. Dans ce vaste parking bétonné, la caissière oisive, se croyant seule au monde, chante puissamment par dessus la radio, elle hisse une silhouette massive et danse comme une possédée. On peut tout faire à Memphis, comme dit la chanson, « salir son nom, bruler sa maison », mais tout sauf « marcher sur mes chaussures bleues suède ». La musique est là comme un analgésique, un pansement.  Ce soir, Deena, 35 ans, commence son service de taxi. La musique toujours du matin jusqu’au soir, ne s’arrête que la nuit. Sa façon de conduire est en phase avec les chansons de rythm and blues: un joli relâché, un coulé tendu , saupoudré d’un groove précis. Elle admet. A peine déposé devant le club de Earnestine & Hazel, la musique empiète sur le trottoir et quelle musique! Un jazz à pleurer, une chanteuse pénétrée de son chant, un batteur tout en retenue. Le lieu est joliment sordide. Il inspira les Rolling Stones dans leur morceau attaqué à la cloche de vache « Honky Tonk Woman » («  I met a gin-soaked, bar-room queen in Memphis »). En sortant, la voix de la ville reprend: le train, faute de passage à niveaux,  annonce ses passages à chaque croisement de rues. La ville appartient à la musique et non le contraire. La rythmique est de partout, même dans la cuisine de BBQ (invention locale avec les Holliday Inn), exagérée, obscène, surythmée, terrible, violente, désespérée; la scansion  des rues, des ombres.. Du coup, on en vient à chercher sa douleur, ses joies. Nos lèvres murmurent ce qu’elles ont appris dans les livres, les films, les musiques. Memphis est une ville possédante. Nous appartenons à un rêve et c’est ainsi que nous traversons les villes.

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