Memphis 1/6. That’s allright Mamma

Elvis toujours

Pour Air France Magazine, j‘ai eu le grand plaisir d’accompagner Yann Leduc à Memphis, voici quelques impressions …

 

 

 

Toute ville a des côtés désespérants. Elle se loupe, se cherche, s’écorche, n’arrive pas à dire ce qu’elle aime. Ce qu’elle veut. Ce sont les visiteurs qui la reconstruisent. À leur façon. Le monde est ainsi un inépuisable malentendu où les voyageurs entremêlent leurs visions.

Voici Memphis dans le Tennessee. Rien que le nom imprime une musicalité immédiate. Mem-phis-Ten-nes-see.  Pourtant, à écouter quelques visiteurs chevronnés, se réchauffant à la nostalgie, la ville aurait perdu son ardeur. Beale street est massacrée par le mauvais commerce, on y fait payer l’entrée le samedi soir (5$), la musique s’en serait allée ailleurs.

C’est oublier que Memphis a une âme. Elle vibre de partout. Parfois, elle fait peur. Elle est sombre. Le diable s’y prélasse. Et embobina les habitants. « Ils ressentaient la peur de l’homme devant la vie, écrit le journaliste Greil Marcus, et se firent les artistes de cette peur ». Ce mélange poisseux participe à la chimie de cette ville. Ce soir, au Levitt Shell, un théâtre en plein air où Elvis Presley donna l’un de ses premiers concerts, Brian Owens vient de terminer un set rutilant avec ses Deacons of Soul. La soirée est merveilleusement douce, le public bon enfant et chantonnant. « Pourquoi la ville respire la musique ? s’interroge-t-il  en coulisses, Sans doute le souffle des multiples églises. On donne de l’amour et celui-ci revient… C’est partout comme ça dans le Midwest. Je ne pense pas qu’il y aie  pour autant des villes musicales par nature. La musique est dans chacun. Il faut juste ouvrir sa part de musique ! ».

That’s all right mamma

S’ouvrir donc à la ville, c’est accepter d’être malmené par le roulis commercial et le nouveau parc d’attractions de Graceland consacré à Elvis Presley. Ne miaulez pas au scandale, personne ne vous écoutera. Mangez plutôt un sandwich à la banane grillé et au beurre de cacahuète, cela vous détendra. Achetez même la casquette, un mug, un t-shirt, histoire de gagner vite fait une époque jouissive. Celui des années Cinquante, leurs voitures démentielles, si longues, pouvant loger un lit pour deux dans le coffre, et partir en maraude sentimentale. Elvis, c’est à la fois un mauvais gout irrésistible, l’arrogance (il sut s’échapper de la culpabilité du blues), le narcissisme, et en même temps, la politesse que l’on retrouve souvent aujourd’hui dans les rues de la ville. La demeure est toujours dans son jus. C’est le deuxième maison la plus visitée aux États Unis après la Maison Blanche. Si par le hasard de la visite, vous vous retrouverez seul entre deux groupes, surtout profitez de ce moment rare. C’est comme une machine à remonter le temps: le téléviseur arrondi, la table à cocktails, les coussins, les canapés: la guimauve, le strass, le miracle du confort nouveau