La semaine dernière je suis parti me balader du coté de Sens, et voici la petite rubrique pour le Figaro quotidien…
Il y a des fois où l’injustice est la meilleure des pédagogies. Vous vous souvenez non sans effroi, de cette scène tragico comique de l’Enfant sauvage, de François Truffaut (1970). François Truffaut est un docteur s’essayant à civiliser un enfant loup capté par des paysans. Régulièrement , de sa voix off, il nous raconte les progres du sauvageon. "Aujourd’hui, dit il posément , nous allons apprendre l’injustice à Victor". La scène nous les présente dans une atmosphère studieuse. "Deux et deux ?" demande le docteur Itard , ça fait combien ? ". Le jeune homme se concentre et délivre un admirable "4", tout net dans sa docilité. Et paf, le docteur envoie une beigne sur le malheureux élève. Qui médusé, puis furieux, s’en retourne bouder dans les bois.
Avec Gauthier, mon admirable steward qui nous emmène dans les coins les plus improbables de la France, de retour après deux-trois mois, il y a un peu de cela. Non point que celui-ci arpente les couloirs de l’A380 en peau de bêtes et borborygmes bourguignons, non, mais pour être franc, la dernière fois j’ai été injuste en qualifiant ses adresses d’un peu ringardes et trop scolaires dans une cuisine enmichelinée jusqu’au cou.
Les résultats n’ont pas tardé. Réservation était faite dans la minute dans un coin encore paumé, à Saint Julien du Sault, près de Sens. Juste le temps de prendre un verre de blanc à l’arrivée du TER (18h13) au Café de la Gare tenu par l’irrésistible Francis Blanche dont le chou farci fait toujours un tabac les premiers lundis du mois. Et nous voilà dans un village ensommeilé. Il est 19h30, et rayonne de tendre douceur un petit relais de poste posément et lentement restauré par un homme singulier. Il s’appelle François Pierre Lobies. La moustache de la soixantaine, le pantalon de velours très Figaro, il était avant imprimeur. Il réédita même le Rose et le Vert de Stendhal. Ainsi que les menus des grands chefs. Et puis, il s’est pris de passion pour cette maison posée sur une place qui l’a vu naitre. Il s’est déniché un jeune chef japonais Keigo Kimura (ancien chef de partie chez Robuchon et Veyrat), appartenant à cette génération déroutante qui vous délivre de sang froid des plats au laser, diablement glorieux.
Avant même que nous soyons attablés j’ai compris que le steward avait tout bon, et ne risquait de s’enfuir dans les bois avoisinants. Car voici une adresse superbe de probité. Dans le menu à 25euros ( !) écoutez bien : apéro avec gougère chaude et croustillante, suivi de poireaux tiedes et saint jacques. Le plat fut extrait de la carte gastronomique fermé ce soir là ; un lièvre à la royale en canelloni, éffiloché façon sénateur Couteaux , le tout accompagné de girolles somptueuses (cuisson parfaite). Tarte aux pommes glace vanille chanilly pour cloturer et clouer le bec. L’affaire de l’année. Les Bons Enfants, 4, place de la Mairie, 89330 Siant Julien du Sault (03.86.91.17.38). Fermé le dimanche.

BalthazarB
14 décembre 2009 at 10 h 47 minVirez-moi vite ces « d » en fin de Truffaut, ça fait tache…
bertrand
14 décembre 2009 at 15 h 48 minla bite et le couteau sans X ,sénateur Couteaux avec un X,et dans sa recette (guignolesque) pas d’éffiloché,pourquoi toujours le besoin de faire des intitulés compliqués et prétentieux? c’est la province?
paul
14 décembre 2009 at 16 h 21 minBertrand,
Parce qu’à Paris c’est simple ? Quelle blague immense. Je pouffe, tu pouffes, il pouffe, nous pouffons, ils pouffent … il n’y a que vous qui ne pouffez pas !
Allez, allez, on passe un coup de balai devant sa porte haussmannienne, et que ça saute …
Claude
14 décembre 2009 at 20 h 17 minMiam miam 25 euros !!!! pas mal pas mal
vvalone
15 décembre 2009 at 18 h 41 mindimanche, sur le quai de la gare un ami m’évoquait cette scène si fameuse relative à l’ apprentissage de l’injustice… j’étais loin de me douter qu’elle me donnerait envie d’aller … si loin, même en ter.. chez les Bons Enfants : merci pour cette bonne justice rendue !
Jean-Louis
16 décembre 2009 at 13 h 17 minIl le vaut bien le Gauthier !
Jean-Louis
16 décembre 2009 at 13 h 19 minQui plus est, trouver un Chef japonais dans ce lieu improbable est étonnant non ? Il est vrai que sur la route s’impose aussi le Miyabi à Sens, une bulle d’évasion et de bonheur…
docadn
16 décembre 2009 at 13 h 24 minRemarquable commentaire Bertrand sur l’apanage des intitulés compliqués et prétentieux en province. A Paris, il est vrai que cela n’existe point…
effiloché est bien plus correct sans le 1er accent maître Capello…
Cordialement
bertrand
16 décembre 2009 at 17 h 17 mineffiloché, ah le copié-collé merde François Simon, pour la province rien que de la provoc,merci ça marche;))
docadn
17 décembre 2009 at 11 h 02 minNo problemo Bertrand, c’était de l’humour de province…
;-))