Instantané

Vivre en argentique

La photo nous ressemble. C’est le tempo de notre époque. Elle saisit aujourd’hui en rafales; comme il y a peu, elle tirait sa langue des Polaroïds. Rien ne nous échappe. À part nous, sans doute. Nous ne sommes plus là. Dans un ailleurs étrange. Nous sommes à un concert, mais nous  ne pouvons résister à envoyer à des amis (absents) les preuves que nous sommes ailleurs.  Nous y étions, mais le souvenir s’estompe déjà. Pas grave, il est sans doute stocké sur un « nuage », si tant est qu’un jour, nous perdions les clés de notre mémoire.

La photo pourtant nous a appris de belles choses. L’instant et ses instantanés. Le surprendre, être aux aguets. Piger cette magie millimétrée. Elle surgit. N’aurait ne jamais pu arriver, s’enfuir dans l’impatience, se retourner et nous laisser impuissant. La photo, c’était  l’argentique. On appuyait sur le déclencheur, et là, il y avait intérêt à ne pas se louper. Si les films savaient prendre la pause, il n’y en avait pas plus de 24 ou 36. Clic-clac,  nous dédoublions notre mémoire. L’argentique, c’était le moment suspendu. L’unique. Pas duplicable. Aujourd’hui, tout est capté, enregistré à nos dépens, mémorisé. On sait mieux que nous qui nous sommes. Alors, reprenons la tangente, la pause. Vivons en une seule fois, feuilleté, incalculable, imprévisible, incomparable. Instantané.

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