Don Juan II, Paris dans la stupeur

Paris, don juan 2, t eiffel

Ce soir, Paris à décidé de se donner. Non point par les avenues empanachées, les boulevards épais, les ruelles écrins. Ni dans les flèches, les chapelles et les placettes. Sur le fil. Celui de l’eau. Par chance, on oublie trop souvent que c’est ici que la ville donne une stupéfiante perspective. Paris devient Lutèce, Mirapolis, ports, amarrages, passerelles et ponts. Ce soir, le bateau va partir à 20h30 et vous êtes posté sur les bastingages de l’accueil. Il y a toujours des retardataires. C’est sans doute ce qu’on appelle la poétique des gares et des ports. Ils arrivent essoufflés, le cœur battant d’une vie qui résonne de la sorte : juste à bord, sur le fil, elle aussi. Dans la tachycardie, l’ultime effort, le passage de justesse en classe supérieure, à l’aéroport, à l’indice. Au warning. Les pontons grincent, les bois barrissent comme de vieux éléphants. Un bateau qui part c’est un chant terrible, fut il d’opérette comme ce soir sur le Don Juan II, gentil bateau, inspiré de feu Don Juan I, sommeillant, non loin de là, près de la Concorde dans une retraite méritée.

Paris, Don Juan 2, table

L’assiette. Un chef MOF (Guy Krenzer) applique la philosophie du genre (meilleur ouvrier de France) avec sa rigueur certifiée, les papates devant. Ce que l’on perd en charme et en poésie, on le récupère en technique et en correction : saint jacques en croûte de noix, homard rôti aux légumes et fruits d’automne (un chouia pas assez cuit, c’est jamais agréable), volaille fermière, viennoise de citron confit sauce au vin d’arbois, plateau de fromages, profiteroles. On le voit, l’assiette assure (logiquement vous aurez du mal à terminer la volaille) tout cela est déjà passé ailleurs, mais à la limite, le spectacle ne doit pas être dans l’assiette ; celle ci doit se tenir à carreaux, baisser les yeux, attendre que cela se passe.

Paris, Don Juan 2, homard

La clientèle. Un anniversaire avec fifille respirant à peine sous un déluge de mamours, couples en réanimation, touristes en lévitation, attendris, adultères paisibles, voyageurs punaisés de fatigue admirative.

Le service. Bien, efficace, et même attentionné.

MAIS ENCORE…

L’ambiance. Juste et douce, éclairage apaisée après le départ. Paris sublime dans ses lumières (l’été, c’est encore plus magique dans la blondeur du soir). Service bien rythmé avec toute fois le bémol des propositions commerciales un peu pesantes : la photographe certes (mais cela va) quant au caviar proposé en supplément (46€ la portion de 15 grammes avec coupe de champagne et spatule en plastic), c’est embarrassant. Refuser fait un peu rat, accepter fait un peu chien. Pour les amateurs du genre, on peut également recevoir 50 roses baccarat (200€), un dessert personnalisé (+ 14€), une berline luxe intramuros (180€), une coupe de champagne devant la Tour Eiffel (25€)

Est ce bien ? Ah oui !

Est ce cher ? Houla, ça aussi, c’est un peu la stupeur : 514 euros à deux. Se tenir la mâchoire, lorsque la douloureuse arrive. Violent, mais là, on l’a cherché, non ?!

Spécial réveillon : 645€ boissons incluses par personne.

Don Juan II, port Henri IV, 75004 Paris. Tel. : 01 44 54 14 70. Réservation sur www.yachtsdeparis.fr

Paris, Don Juan 2, bastinguage