Costa Rica 3/4. À la poursuite de l’énigme verte

étapes superbes

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Pour cela, il est louable de réussir son retour sur terre, quitter les vapeurs feuillues, trouver l’hospitalité compréhensive. Elles ne sont pas si nombreuses à réussir ces retours dans l’atmosphère, entre douceur et civilités, discrétion et service. Vous voici donc au pied du volcan Arenal, dans les Cordillères du Nord. Celui-ci est intriguant dans sa forme parfaite. C’est un cône idéal. Il ne dort que d’un oeil. Les nuages qui passent dans le coin viennent régulièrement lui poser une collerette, s’inquiètent de sa santé. Mais celui ci n’éternue plus depuis dix ans. Il laisse la terre vaquer à ses pieds, comme si elle ne méritait plus ses colères et ses toux subites. Il y a là comme une réconciliation tapie dans la vallée. Comme un pacte avec les dieux. La réussite des Nayara Resorts doit sans s’entendre dans ce sens. Ici, on a compris qu’il fallait pactiser avec les éléments et surtout la nature humaine. Eviter d’importer des barmaids de Singapour, des chefs de Genève et des butlers d’Edimbourg. <Je pense, dit ainsi Leo Ghitis , un des propriétaires associés, qu’il faut être en harmonie dans ses actes. Respecter la nature, c’est aussi être cohérent du petit déjeuner au retour des employés dans la ville voisine. Notre force et notre sérénité, nous l’a trouvons en étant en accord avec nous mêmes ».

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On réalise alors que le Costa Rica est loin d’être un pays anodin. Ce n’est pas seulement une destination de rêve, écologiste à souhait. Le Costa Rica  a les pieds bien sur terre. Par sa politique de l’éducation,  de la santé et à la protection de l’environnement, il est depuis 2009 classé à la première place mondiale du Happy Planet Index et en 2012 à la cinquième place de l’indice de performance environnementale. Une étude récente témoignait que selon l’indice d’inégalité des genres, le Costa Rica est le pays le plus égalitaire d’Amérique latine avec un développement humain performant. Plus de 80 % des habitants vivent au-dessus du seuil de pauvreté, le taux d’alphabétisation est proche de 100 %.

Bien souvent, les voyages nous décentrent. Ils nous troublent par leur étrangeté et nous revenons à la fois rassasiés, interdits. Parce que nous n’avons pas su les accueillir. Par chance dans le domaine de Nayara Resorts, une sorte de fil ténu peut nous faire basculer vers une autre quête. De repos, de paix, de cette sérénité que le corps est à même de conférer. Dès le matin, parmi les chants des oiseaux, le mouvement  doux des plantes tropicales, des cours de yoga, de méditation nous poussent à sortir du rôle rabâché de touristes promenant neurasthénie et cartes de crédit. il s’agit juste d’une petite marche à franchir. Écouter la leçon de la nature, ses résolutions légères et si profondes. Mieux manger, moins. Mieux respirer, plus lentement. Changer de peau. Passer sous une douche invisible et revenir, un peu plus neuf, un peu moins ricanant et vaguement plus heureux. Le voyage au Costa Rica et notamment dans ces établissements à l’approche raisonnée du voyage participe à ces expériences fondatrices.

Cela devient presque alors un jeu. Repenser la lumière. Le soleil est ici fascinant dans sa façon de taper. Il joue les astres. Aveugle, noircit les ombres. Là aussi, c’est une piste. Ces réverbérations recrudescentes sont comme une rampe. Ne la lâchez pas. elle pourrait vous mener à Saint Thomas d’Aquin lorsqu’il évoque cet « excès de lumière délectable » que constitue le paradis. Il fait même parfois si clair que l’on n’y voit plus rien…

Rassurez vous, on ne vous retrouvera pas dans l’aéroport de San José, habillé en toge et portant votre lanterne. Les séjours en Costa Rica ne participent pas  de l’illumination pure. Ils savent rester simples, et même prosaïques. il y a là toutes les options touristiques. Elles font penser aux accessoires des mini bars que l’on regarde distraitement. Cacahuètes, promenades à cheval, whisky, tyrolienne, chips, canoë. C’est très bien, mais cela ressort aussi de l’enfermement. Se retrouver avec ses semblables en short, bananes en ceinture, zooms sur l’abdomen. Il doit bien y avoir une façon de contourner cela…

Ce sera alors à l’aube. Très tôt. Comme dans les plus beaux endroits du monde: le Mont Saint Michel, Paris, Kyoto. Même les plus simples ont cette grâce irrésistible de ces lieux où la vie s’est arrêté le temps d’un songe, d’un sommeil. Elles nous attendent un pied en l’air, prête à redémarrer. Elles nous désirent presque: marche sur mon pavé, mon asphalte, mon sable, mon bois…C’est le miracle anodin du jour.

Il suffit de deux heures d’automobile pour rejoindre le deuxième Relais et Châteaux du Costa Rica, El Silencio. Ca fait un choc tout de même de passer de rêve au réel. Bien souvent, on s’en veut d’avoir occulté la vraie vie, d’avoir dressé un barrage et n’avoir rien comprit. Soyez indulgent avec vous même, arrêtez vous au premier bistrot au bord de la route. Il y en a des tonnes dans une atmosphère Amérique latine balançant entre la fascination américaine (les grosses autos, les biceps…) et l’indolence latine, cette langueur douce et compatissante. Cela doit s’appeler la gentillesse. Ces gens vous souhaitent la bienvenue « Pura Vida » (vous vous souvenez?), secouent une limonade, sourient avec ce naturel translucide. Il n’y a pas  même de film conservateur, de membrane transparente. C’est la vie, rassurez vous. Elle est ici si troublante que régulièrement vous tombent dans l’oreille des récits de voyageurs tombés amoureux des rivages ou des montagnes, pour n’en plus repartir. À El Silencio, même chant pastoral qu’à Nayara Resorts: être en accord avec soi même et la nature implique de nourrir aucun paradoxe, ni contradictions. Le diner ce soir sera extrait du potager, de la basse cour, des bassins de truite. Derrière les larges baies vitrées de la salle à manger, les éléments semblent apprécier. Parfois traversent des oiseaux magnifiques. Ils portent des noms altiers: frégate superbe, sterne royale, héron garde-boeuf, chevalier semipalmé, urubu à tête rouge, amazone à nuque d’or, motmot à sourcils bleus, tangara évêque, et même tyran mélancolique. Les nuits qui s’en suivent ont un merveilleux vélouté.

  Il y a d’autres façons de ne plus repartir, c’est d’emporter avec soi cette respiration douce, laisser ses baluchons de cordes nouées. De se promettre de garder en soi le Costa Rica, de faire mentir l’idée qu’un voyage ne servirait qu’à mieux gouter le plaisir de retourner chez soi. Costa Rica peut être ce pays qui épluche,  parle à l’oreille, pose la bonne énigme.

https://www.relaischateaux.com/fr/destinations/amerique-du-sud/costa-rica

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