Si content, être publié dans Purple Magazine

CAM, uppercut planqué

De temps à autre, Olivier Zahm me demande un papier pour son superbe magazine, Purple Magazine. Il ne faut pas me le dire deux fois...

Les coups de foudre se maquillent aujourd’hui. Ils se planquent, se mêlent dans la masse, se font oublier. Sur leur Harley Davidson, ils n’ont besoin de personne. Qui les aime les suive. Après tout, il y a suffisamment de restaurants à Paris qui font la retape, la jolie, le moustachu, le poli, l’intelligent, le local pour calmer la population. Il nous faut  aussi du planqué, comme ici à paris, rue au Maire, près de République, un brin revêche et sans attrait… Ce genre d’antre, de repaire, de thébaïde pour claper en paix. Enfin, en paix, c’est pas tout à fait le mot. Car ici, dès 19 heures, puisqu’il n’y a pas de réservation (ça vous étonne?), il s’agit de foncer vers les tabourets (sept ou huit), les meilleures places. En dix minutes, ils disparaissent sous d’augustes et jolis fessiers. Les autres chaises de la salle sont d’un semi confort de bois, comme si le temps filait vite, que le monde bougeait sans cesse. Qu’il ne fallait pas s’installer, mais se hâter. La mouvance donc, l’accélération des particules et des méridiens. Le reste du décor est dans l’esprit du temps, une sorte de brutalisme pas commode, un peu rogue, un peu rêche. Du style « et alors, y a un problème?! ». Euh, non…disons qu’on n’est pas obligé d’être maso, le cul strié des lattes de bois de la chaise. C’est pas grave après tout, il y a de la poésie urbaine dans ses murs à poils, pas rasé, à peine lavé. Voila, petiot, tu as tout compris, assis toi et mange.

C’est Phil Euell (l’âme des Boot cafés), qui a lancé ici une sorte d’espéranto mobile et énergique. Avant (d’où le nom du restaurant), c’était une boutique vendant style import-export, des tours Eiffel miniatures. Il a su choisir un chef oeuvrant dans l’azimut. Eseu Lee est passé entre autre chez Passerini (un des meilleurs italiens de Paris, près d’Aligre) ce qui lui évite de faire des âneries. Il est Coréen mais par chance s’est un peu perdu dans les couloirs des aéroports. Sa cuisine serait plutôt asiatique, style Hong Kong à l’image de ses « chicken wings », mais sachez qu’il navigue un peu, pond ses plats comme une poule indolente, au hasard du marché et de l’inspiration.

La carte est courte. À peine huit propositions. Et voila, débrouillez-vous. Le message est donc magnifique, pas de chenilles processionnaires qui vous crament votre soirée, votre appétit et votre libido. Non, ici, vous avez faim, vous pouvez. Vous êtes d’humeur chagrine et minimaliste, welcome. Ce devrait être cela aujourd’hui un restaurant. Un lieu d’indulgence, de paix, de réconciliation. Donc, vous pouvez venir l’esprit libre et la carte de crédit détendue, aucun piège, just relax et eat. Les plats procèdent de l’impulsion, de séquences courtes. Une syntaxe brossée, vive. Parlant peu, mais de façon articulée: calamari gimbap tapant au vif (7 euros). Ensuite un tartare de boeuf bien secoué avec du peccorino, des échalotes, des saint jacques séchées: XO tartare (13 euros). C’est impeccable dans l’expression, tapant fort , résonnant juste comme une balle au centre d’une raquette de tennis.  Il y eut ce soir là une douce et jolie caille avec noix et piment avec son intitulé sexy et très rock: « typhoon shelter caille, gochujang (19 euros).

Vous verrez, au bout d’un moment alors que vous étiez venu avec nonchalance, vous avez faim, car c’est bien assaisonné, relevé comme il faut mais pas trop, obligeant les doigts à faire la conversation avec la chair des plats. La scénographie de la table passe alors à une étrange marelle entre les plats, les appétits subits et la nuée de Kleenex proposés ici en guise de serviette. Musiques bien sourcées , fortes (89db), répondant en réverbérations au knout des sauces pimentées gochujang, le crispy des cacahuètes, le groove du sésame, le fumé de la mozza, le graillonage de l’air. Clientèle sharp avec quelques égéries, des visages intéressants, des silhouettes stylées. Grandes gueules aussi s’exprimant (l’effet dilatoire) ce qui n’est pas toujours indispensable. Service féminin attentif, gentil et efficace s’essayant à adoucir l’arythmie des plats arrivant parfois vite ou très lentement. Voila, vous savez tout.

CAM import-export, 55, rue au Maire, 75003 Paris.  Tèl.: 06-26-41-10-66. Fermé lundi et mardi.

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