Château La Coste, le goût du risque

déluge de signatures

Le lieu est enthousiasmant. Il est tellement grand: 200 hectares dont 120 hectares de vignes. A 20 minutes au nord d’Aix en Provence, dans une campagne mutique, tournoyant dans ses lacets, voila soudainement le château La Coste. Alors que l’on est au bord de la somnolence estivale, voici  un geyser de noms, un déluge de signatures réunies sous la bienveillance d’un homme fortuné, Patrick McKillen. Une sorte de « best of… », un Naoshima (cette île japonaise dédiée à l’art)  avec  architectes (Tadao Ando, Jean Nouvel, Jean Michel Wilmotte, Franck O Gehry) , artistes (Louise Bourgeois, Hiroshi Sugimoto, Alexander Calder, Ai Weiwei…). Et cépages (syrah, vermentino, chardonnay, grenache) puisqu’on élève ici un vin en quête d’un renom. La Chapelle de Tadao Ando est même bluffante dans son contrepied cérébral. Alors que nous dominons la vallée, on nous suggère de fermer la porte. Nulle fenêtre. On est seul dans une pénombre surlignée d’une clarté mince comme un spaghetti. En  contrebas, dans le vallon, dans les différents bâtiments s’agitent deux chefs signatures  (le grand Francis Mallmann, et Gérald Passédat, au Louison). Il  y a également le café Tadao avec un chef qui lui aussi s’agite pour entrer dans les mémoires.  L’oeuf « parfait » fait le job (18 euros) et jusque là tout est bien, emballé par un service juvénile, concerné et actif. Le filet de bar doit impressionner les chalands car, en hommage aux années 80, on retrouve ces fameux zig zags de sauce striant l’assiette, montrant  la probable impatience d’un chef  à délivrer son assiette arty. On regarde, on n’ose pas toucher, non sans raison (le poisson est trop cuit). Arrive ensuite, la tarte au citron, « déstructurée » s’entend. C’est à dire qu’on l’a désappée, « réinventée «  (ou revisitée), comme on dit. Alors que le chef aurait pu faire une tarte au citron avenante et attendue dans notre imaginaire, il décide alors de se compliquer la vie. Il loge dans un verre profond, crème,meringue, et biscuit de la tarte. Un chef est artiste parfois. Il prend des risques (celui d’être ridicule, ou incompris). Il part sur un fil au dessus du chahut. S’il rejoint l’autre bord, il a gagné.  Bon, alors, ce dessert ?!

C’était réussi.

Les meilleures tables. Celles au bord de la pièce d’eau et de ses sculptures.

Dommage. Service un peu bousculé.

A emporter. Dans la boutique du musée, jolies assiettes d’artistes et bien sur au domaine viticole, vins de la propriété, huiles d’olive, verreries

Café Tadao, 13610 Le Puy Sainte Reparade. Tel.:04 42 61 92 92. Ouvert tous les jours de 10h à 19h.

Décibels. En dehors du coup de feu (80db), grand calme provençal.

Mercure. Température ambiante

L’addition. A la carte , comptez 50 euros.

Minimum syndical: menu du jour à 33 euros.

Verdict: vaut le détour, mais attention l’endroit cartonne.