Cannes. Clap de faim aux Canailles

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Le festivalier est une drôle d’oiseau aux appétits indécis. Il mange par à coups, comme un pic vert, un dératé, un sans foi ni loi. Ni horaires. Lorsqu’il sort de ses séances, il est capable d’avaler n’importe quoi. Ou rien du tout, car il est hors de lui. Ne pensez pas pour autant qu’il se nourrit de pop corns, de Kim cones ou autres morsures sucrées. Non, son estomac est également une salle obscure. Mais à la nappe blanche, il préfère l’écran livide. Imaginez alors la perplexité des restaurateurs que déjà le siècle déroute. Cannes habituée à sa vie de couleuvre ensoleillée voit soudainement débarquer ces excités embadgés.  On se pose alors  la question. Augmenter les tarifs certes, les doubler pourquoi pas?  Faire des buffets, apprendre le langage des signes, des sushis, du guacamole?  Alors, on carparcciotte, émince et « revisite » à tout va. Aussi trouver une table normale avec une clientèle calme tient ici de l’exploit. Tout le monde surjoue, même la nuit, les miettes de pain et les orchidées. Pourtant aux Canailles, petit bistrot en retrait de la Croisette, le calme est tout juste frotté à une playlist cagolle. La cuisine est simple, bistrotière. Pour tout dire, elle reste à sa place. C’est à dire dans l’assiette. Les produits jouent leur rôle, ont appris leur texte: carpaccio de petits violets à la cannoise et parmesan,  foie gras poêlé aux fruits rouges, salade de poulpe, caille rôtie et polenta à la truffe, dos de cabillaud… C’est tout drôle parce que les plats sont comme tenus en laisse. Ils ne sont pas les cabots pour autant, comme si on leur avait dit de ne pas sauter au cou des gens, de les biser, de faire la conversation. Ils ont compris qu’ici les stars ce ne seront jamais eux. Ils sont en job d’été, expédiés ad patres en quelques fourchettées. Ils sont dans l’éphémère, fonctionnent au souvenir, nous traversent comme les images. Du reste, les Canailles fonctionnent également à la scénographie. Celles des clients. Hors saison, c’est extra parce que les convives sont dans leurs textes et leurs jeux, ne se retournant pas. Maintenant, avec le festival, une toute autre comédie commence, on va clapper.

Les meilleures tables. Dans les coins (pas au centre), ou alors en fin de soirée, lorsque la salle est pleine dans la partie bar plus calme et passant au registre bar à vins.

Dommage. Les frites, un peu la tête en l’air.

A emporter. la bonne humeur délivrée par le service féminin (Carole et Lysiane, la sommelière).

Les Canailles, 12, rue Jean Daumas, 06400 Cannes. Tel.:

04 93 68 12 10. Tous les jours (pendant le festival). Commandes jusqu’à 23h.

Mercure. Température ambiante selon la saison.

Décibels. Hors festival, c’était plutôt calme 75db.

L’addition. A la carte 50€.

Minimum syndical. Onglet de veau direct 20€ ou alors sur le « semainier », plats du jour autour de 13€.

Verdict: action !

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