La Barbade 2/4. Suave et la musicalité des voix

4 La nature dévorante

Un jour, qui sait, la nature, lassée de nos maladresses, s’en viendra nous manger dans nos villes vaniteuses. Parfois, c’est bon de savoir qu’elle en est capable, de s’installer dans une vieille voiture, de bouffer un bâtiment industriel, de soulever une grille. La Barbade pour être joliment douchée aux intersaisons, délivre une flore bavarde, enjouée, balançant ses hymnes feuillues repris par les chants  flûtés des passereaux, l’élénie siffleuse, le pigeon à cou rouge, la tourterelle à queue carrée. À la Barbade, les oiseaux sont rois et domine le genre animal . Quant aux animaux à quatre pattes, à part les tables, il n’y en a guère… conférant à l’île, une légèreté, une ligne claire.

-Pour les amateurs d’anémones de mer, The animal flower cave, sur Sainte Lucy, offrent des coraux de 400 à 500 000 ans. Superbe site. Et pour les amateurs de nature domptée, une ferme bio et permaculture, et vertueuse ouvre ses portes et son coeur: PEG, farm & nature reserve, Saint Joseph. www.perbarbados.com

5  La voix et ses issues.

Cela vous frappera dès l’aéroport -bien avant si vous avez l’oreille voyageuse- c’est la musicalité des voix. Elle correspond à la sensualité de la gestuelle avec ce métissage d’un accent british (l’île est une ancienne colonie britannique), arrondissant la diphtongue façon créole de façon irrésistible. On ne s’étonnera pas après qu’il ne fallu pas grand chose de plus pour faire de Rihanna, la star mondiale que l’on connait. La voix de la Barbade peut même rouler dans le calypso, cette musique de carnaval à deux temps, vous enveloppant, comme le fit du reste, Calypso (Calypso, en grec ancien  «celle qui enveloppe »), une nymphe de la mer, ayant, par amour, retenu auprès d’elle Ulysse. A votre tour, vous risquez d’être pris. Enveloppé.

6   La fierté, la cuirasse des temps modernes

Il y a des villes, des îles, comme ça. On ne sait pas d’où cela leur prend. Mais les habitants sont fiers d’en être. Comme un défi, un étendard. Rien ne prédisposait ces cités à cette puissante fierté (Memphis, Saint Nazaire, Osaka, Marseille, Naples..), mais c’est dans les gênes du lieu. On est content d’en être. Comme une seconde nature. Comme une chance d’avoir hérité des multiples concordances de temps et de lieu: un présence britannique (trois siècles), puis une indépendance (1966), un beau pays, des rivages de rêve, une santé insolente. Et voila, il suffit de regarder ce pays vivre. C’est comme un feu de cheminée. On ne s’en lasse pas.

7  Criques uniques

C’est sans doute le lot des lieux gâtés par la nature. Des plages à l’infini, la rythmique des anses s’interférant, quelques roches pour granuler les courbes, donner de la dentale,de l’aigu avant de replonger dans la blondeur immaculée, dans l’eau et son hypnotique balancement. Il y a comme un seuil de satiété atteint. On veut plus. Plus de mystère, de secret, de planques, mieux qu’un lounge, la crique isolée. Où il n’y aura que soi en tête à tête avec l’immensité. Cela se privatise à la limite, aux heures extrêmes de la journée alors, c’est ce qui doit s’appeler un petit paradis. Il suffit de mettre l’index sur  les lèvres pour faire chut… Apprenons alors à lire sur les lèvres: Shark’s hole Beach et l’une des plus belles plages au monde : Crane sortant a capella l’un des plus hymnes de turquoise et de sable blanc.

8  Tables à contrechant

Ce qu’il y a de plaisant à la Barbade, c’est la coexistence de deux styles de gastronomie. Celle de palace et son luxe prudent et répétitif, travaillant aussi bien l’horizontalité  (carpaccio, ceviche,..) que les verticales (poisson en superposition de légumes, desserts d’auteur). Du coup, il reste un champ ouvert à des prix miniatures pour une cuccina povera, faussement pauvre, mais très délurée: petits beignets et pain de poisson, chaussons de légumes, poissons frits, us de fruits. Pas de contradiction, juste le bonheur du paradoxe jouissif des prix miniatures côtoyant  l’embonpoint débonnaire de la « haute »gastronomie.

– Fishcakes, Tudor st, sous le hangar, Bridgetown.

– Zedelle’s pour ses chaussons fourrés et avec en deuxième partie de boutique, le Colette local et son sourcing vestimentaire local. Sur le square de l’Indépendance.

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