Allez, sortons un peu de la tête de veau

un entretien avec Pierre Deladonchamps

Récemment pour Air France magazine, j’ai pu parler un petit peu avec cet acteur de cinéma.Les photos sont de Yann Leduc.

 

 

 

Ca tombe bien. Lorsque Pierre Deladonchamps décroche le téléphone, il est en train de faire sa valise. Au début, c’est toujours bizarre de ne pas voir son interlocuteur. Il manque une image. Mais tout en même temps, se superposent celles de ces films : L’Inconnu du lac d’Alain Guiraudie ( 2014, César du meilleur espoir masculin), le Fils de Jean, de Philippe Lioret (2017, nommé au César du meilleur acteur pour son rôle de Mathieu).

Une voix s’interpose. Elle nourrit plus l’imaginaire qu’une enveloppe corporelle. Sa voix ressemble, dit il , à celle de son père.  Elle s’est sans doute enrichie aussi des rôles traversés. Les scansions,  les dentales, les nasales. Les basses surtout qui en fait, reconnait il, une belle voix radiophonique: « À force de me l’entendre dire, j’ai fini par l’aimer. A en goûter le grain. Elle a évolué depuis plusieurs années. J’ai appris à jouer avec le débit, le souffle. Elle peut être aérienne, plus terrienne aussi. »

  La voix porte un rôle, mais pour autant Pierre Deladonchamps ne s’emmêle pas les pinceaux. Les personnages, c’est une chose, mais pas question qu’il bascule dans une schizophrénie: « On ne va pas s’approprier les traits d’un personnage. C’est plutôt l’inverse, on pioche dans sa propre vie ». De tous les personnages, c’est sans doute celui du « Fils de Jean » qui l’a marqué: « Je me retrouve beaucoup dans ce Mathieu. Il trouve en moi des résonances fortes ». Il a tant aimé tourner ce film que lorsque celui-ci fut terminé, la production lui fit un cadeau. «  C’était, se souvient il, un sac à dos tout simple, gris. Gris foncé. Depuis il ne me quitte plus. J’y mets tout. C’est sans doute pareil avec le sac à mains des femmes. j’y glisse mon passeport, un livre, de la musique, des bricoles ».

Ce sac à dos appartient à la famille de ses bagages. Ils sont au nombre de huit. Cela va de la grosse valise pour de longs tournages, au sac en bandoulière en passant par les valises cabines. Dedans, le plus souvent, outre les vêtements, un casque sans fil, et une petite enceinte portable. Des Livres dévorés: Agota Kristov, le Grand Cahier et puis Joël Dicker,  La Vérité sur l’affaire Harry Quebert; Pierre Lemaitre. « Je lis beaucoup Amélie Nothomb parce que j’aime la simplicité de son écriture. je l’avais rencontrée lorsque j’étais étudiant à Nancy. Elle était venue et j’avais tout de suite aimé ce personnage insondable, baroque et fantasque. Au cours d’une conférence je m’étais permis de l’interpeller alors qu’elle nous demandait ce que nous venions chercher en elle. Je lui avais retourné la question: et vous, que venez vous chercher en nous ?».

Pierre  affectionne l’automobile. « Elle me donne l’impression de liberté, de sécurité. Je sais que là où je vais, j’ai mes repères. J’ai le sentiment qu’il ne peut rien m’arriver ». Il conduit une voiture hybride rechargeable, une Audi A3. Part parfois longuement avec sa fille de 8 ans, Léonie. Le dernier voyage les enchantèrent tous les deux. Rejoindre la la Catalogne puis l’Italie. ils se munirent de chips, de soda, d’eau pétillante. Et de musiques de la variété années 60, notamment des Surfs, groupe malgache de six frères et soeurs, issus d’une fratrie de douze enfants, affichant une taille moyenne de 1,48m et reprenant les grands hits du Tamla Motown.

Parfois, son métier d’acteur l’emmène tout au loin. Taiwan, et Tokyo où il séjourna un mois et demi pour un blockbuster japonais: « Çe fut fascinant. J’ai alors réalisé combien j’étais très heureux d’être européen, fier de la culture latine de mon pays, l’indépendance des individus et leur sens critique. » Pierre Deladonchamps habite Nancy. Tenta bien de vivre à Paris qu’il  trouva non sans raison « polluée et stressante », ville qu’il apprécie plus depuis qu’il est retourné vivre à Nancy auprès de sa fille: « je m’y construis et c’est là que je revis ». Pierre Deladonchamp accompagne actuellement la sortie de trois films : » Photo de Famille », avec Vanessa Paradis, Camille Cottin; « les Chatouilles », avec Karin Viard, Clovis Cornillac  et « le Vent Tourne », avec Mélanie Thierry, Nuno Lopes.

Il est grand temps de raccrocher, sans toutefois, lui demander , à notre tour,  quelle est, à lui, son image manquante: « Celle de mon frère, répond-t-il par sms, disparu à l’âge de 26 ans; le père constituant plutôt une figure manquante ».

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