After Tokyo, petit texte sur…

l'iconique

À l’occasion de ce reportage sur Tokyo, les Echos Série Limitée, m’a demandé de rédiger un édito sur la notion d' »iconique ». Faut pas le demander deux fois…

L’icône, l’image manquante

Soyeux paradoxe de notre époque: elle ruisselle d’images. Mais ces dernières ne nous satisfont pas. Elles masquent de leurs pixels,veulent occuper l’espace.  Il se crée alors un vide disponible. Celui de l’image manquante. Celle qui parfois nous hante, nous lancine, nous incante. Une maison, un être aimé, un songe, un fleuve endormi. Nous sommes alors dans l’intime. Mais celui-ci ne nous suffit pas non plus car notre insatisfaction est reine. Face à ce monde insolent, intrusif, nous voudrions placer des remparts, des valeurs, des garde fous. Ce sont nos icônes. Nos pare-feux.

Nous les choisissons avec beaucoup de soin. Parfois, cela prend une vie. Ou une nuit  soudaine. Les icônes remplacent les dieux absents ou trop intrusifs. Ce sont nos choix délibérés, parfois -par bonheur- paradoxaux, créant l’amplitude.  Quand nous y songeons, les icônes nous galvanisent. Elles nous hissent vers le haut. Nous seul (e)s en gardons le secret. Nos icônes n’ont guère de logique. Ce ne sont pas des cathédrales gothiques. Il y règne un louable désordre, se nourrissant de villes, d ‘automobiles, de femmes émancipées, de gentilshommes. D’une veste, d’un canapé, d’un salon d’aéroport. Lorsque nous les voyons au hasard d’un magazine, d’une exposition, nous sourions car nous reconnaissons les nôtres, les notes. Il y a presque un métalangage, celui de la connivence, de la complicité.

Il semble du reste que l’univers de l’informatique se soit emparé du terme (l’icône) pour « lancer une action ». Cela fonctionne sans doute ainsi dans cette galaxie étrange. Lorsque nous voyons passer une Porsche 911, se dégage immédiatement une nuée d’images, le romantisme voyou, son arrière striée et, comme un parfum, le sillage de son départ. Une icône double-clique et nous bascule dans un accéléré de sensations, avec ses contretemps, ses arythmies, ses épiphanies. Nous revenons alors à l’intime avec ses frissons qui nous sont propres, au bord de l’indicible. L’univers alors nous habite, nous rend meilleur, nous ouvre l’esprit, nous console avec ses pigments, ses touchés, ses accélérations. C’est pourquoi ce numéro de Série Limitée à tenter de poser des mots, des images sur cette expression rare du monde, lorsque celui-ci réussit à nous émerveiller dans de belles nonchalances, le chic français, l’impressionnisme réuni par Samuel Courtauld…Apparait alors une nouvelle galaxie, celle qui nous réunit, avec une lumière qui nous tombe dessus comme un index, celle de l’évidence.

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