Adieu Christian …

Il m a tant donné

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Quelle chance, j’ai eu de rencontrer Christian Millau ! Il m’aura donc tout appris. La joie d’écrire, d’être curieux, de se remuer, d’avancer. Je me souviens encore arriver dans son vaste bureau du faubourg Saint Antoine. C’était en 1981. J’étais journaliste alors au Matin de Paris. Il cherchait un jeune journaliste pour la revue et les guides. J’ai été franc avec lui en lui disant que je n’y connaissais rien en gastronomie. Je me contentais de me nourrir comme un parfait idiot: des pizzas, des yaourts au chocolat, du coca, des crêpes, des steaks au poivre… »Pas grave, on va vous apprendre ». Il m’a juste poussé dans l’eau, sans rien me dire. Je fus envoyé à Lille, au Carlton pour tester les tables de la ville. Vous imaginez ce drôle de rêve. Attendre l’heure du déjeuner, puis celle du dîner, marcher dans la ville…C’était un monde étrange, moi qui rêvais de filles vénéneuses, de rock et de littérature dangereuse. Pendant quatre ans, j’ai pu voir une force de travail phénoménale, écrivant tout à la plume, jusqu’aux légendes des photos. Plusieurs fois, j’ai pris la tasse tant la tâche me paraissait vaste (je ne savais même pas, moi qui venais de province, que l’île de la Jatte existait). Avec Jacques Brunel, nous fûmes affectés à couvrir les boites de nuit, les cabarets, les bars…Et puis ce fut les voyages: en France, à Berlin, au Sénégal, en Sicile…Quelle chance, quelle vie…

Christian était un homme exigeant et très sensible. Il avait ce côté sur de nuit et pincé qui pouvait être très déstabilisant. Mais au moins, on avançait. J’ai appris avec lui le doute et la détermination, le silence et l’écriture. Rester discret, se faire oublier. Bosser. Après je suis parti. Et l’on est toujours resté en contact, déjeunant parfois. On devait écrire un livre ensemble « le Mangeur du XXIeme siècle », et puis il a connu alors des ennuis de santé, lors de la démolition de sa villa de Saint Tropez qui l’affecta tant…Il me donnait toujours de bons conseils. Restait gentil, à l’écoute. A l’annonce de sa disparition, c’est bizarre, mais je n’ai rien senti de déchirant, de douloureux comme cela m’arrive parfois. Mais comme un châle que l’on vous retire des épaules. J’ai un peu froid aujourd’hui. Et une étrange tristesse s’en vient…

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