Parfois, c’est cocasse, j’ai l’impression de vous semer en balançant des tonnes de bonnes adresses (en Bretagne, la Mare aux Oiseaux à Saint-Joachim, Youpala à Saint-Brieuc…), en filant à droite, à gauche, huit loopings et une roulade dans les pâquerettes. Mais c’est comme dans les dessins animés de Tex Avery.
Le personnage a beau s’enfuir aux antipodes, se réfugier dans une cabane en bois sur le sommet d’un pic enneigé, fermer à huit tours les vingt-cinq verrous. Lorsqu’il se retourne, le front en sueur, le cœur au bord de claquer, sur un rondin, fumant la pipe, est assis son ennemi préféré. Non point que vous le soyez, mais parfois, vous allez plus vite que la musique, et ce n’est pas déplaisant.
Dans ce ping-pong joué avec des boulettes de mozzarella, Laurent (son blog : ramuntcho.typepad.com) a pigé un truc : « J’ai l’impression qu’en ce moment vous vous ennuyez un peu lorsque tout est « parfait » ! Êtes-vous dans une phase où comme La Rochefoucauld vous pensez que : « Nous plaisons plus souvent dans le commerce de la vie par nos défauts que par nos qualités », mais dans ce cas cela devient un peu pervers et ne va pas nous simplifier la vie… ? »
Mais, précisément, la vie n’est pas aussi simple. C’est vrai, lorsqu’un restaurant est parfait, on a l’impression d’être de trop. Ce n’est pas sans rappeler les chambres d’hôtel design au luxe glabre. C’est parfaitement rangé. Comme si l’on attendait le photographe d’une revue de décoration. On se sent presque déplacé avec sa valise anecdotique, une mine de voyage, une veste qui n’est pas raccord avec la moquette taupe Vélib’. On fait tache.
C’est cette impression que l’on ressent dans tous ces restaurants, fort bons au demeurant, mais qui voudraient chanter a cappella tout seul, face à la montagne, à l’immensité. Ils nous voudraient comme admirateurs/adorateurs. Pas franchement en clients. Plutôt que de tourner en rond au-dessus de l’œuf à la coque, autant donner une adresse qui cause. Cela s’appelle Itinéraires, c’est à Paris. En vous y rendant, vous pigerez cette équation quasi impalpable. C’est extra de naturel, de gentillesse et de gourmandise. Pourquoi ? Parce que l’on se sent attendu. Parce que l’ardoise chantonne allégrement, simplement (même l’estomac comprend) : asperges vertes vinaigrette de foie gras, rillettes de maquereau sorbet cornichon, carré d’agneau crème de petits pois, menthe et oignon nouveau, dessert fraises-rhubarbe glace vanille.
Cette équipe qui s’est installée dans ce que fut naguère Tontoune, rue de Pontoise, ne vous est pas inconnue. Rappelez-vous, ils étaient, il y a peu, rue Paul-Bert (le canyon gourmand de l’est parisien), dans un restaurant, Le Temps au temps, un des meilleurs hits du coin. Sylvain Sendra est donc parti reconstituer sa bande dans ce joli établissement. Vous verrez, c’est allègre, bon, pas cher, c’est le coup de cœur de la semaine. En fait, au restaurant, nous ne voulons pas toujours la perfection barbante, l’excellence aryenne, nous aspirons à l’indulgence, à la bonté, à la cuisine du sentiment.
Comptez entre 29 et 34 euros. Itinéraires, 5, rue de Pontoise, 75005 Paris (01 46 33 60 11). Fermé dimanche et lundi.

Laurent Jouanne
3 juin 2008 at 12 h 00 minCher François,
Attention à ne pas confondre « Laurent » (votre serviteur) et ramuntcho…
Merci
jean luc
3 juin 2008 at 18 h 07 min« lorsque tout est parfait, on se sent de trop », quand on est françois simon, certes, et que la perfection (convenons que le substantif abuse) si mainte fois rencontrée fatigue et lasse
mais quand la table n’est pas un métier, le déjeuner pas un labeur, quand des trépidations nous gagnent dès la réservation, quand notre palais ruisselle par anticipation, quand les additions s’adoucissent dans le souvenir de notre plaisir, un poil de « perfection » ne nuit pas
bon appétit
jluc
Archie
3 juin 2008 at 21 h 03 minA la recherche du Temps au Temps perdu…
Déjà deux dîners à Itinéraires. Le premier comptait pour du beurre : c’était le deuxième jour, l’enthousiasme et l’application parfumaient déjà l’assiette, mais les portions étaient tellement chiches qu’on a dû prendre deux entrées et deux desserts pour rester en bons termes avec notre estomac. C’est ça, essuyer les plâtres : dans la fièvre des débuts, accepter de ne pas faire le dîner du siècle pour capter la vérité d’un restaurant, son expression nue.
Un mois plus tard, deuxième dîner. Là, ça allait y être. Même sourire, même enthousiasme communicatif. On allait voir ce qu’on allait voir. J’allais retrouver ma rue Paul Bert et faire découvrir une adresse épatante à un ami qui n’attendait que ça.
Et patatras. Mêmes portions liliputiennes que la première fois. Finir un risotto en trois coups de fourchette, il faut l’avoir vécu pour comprendre ce que devait ressentir King Kong dans le film.
« Gentillesse » ? Ok. « Cuisine du sentiment » ? Soit. Mais les adresses qui vous rentrent réellement dans le buffet, désarmantes d’allégresse, à qui l’on pardonne tout, ne servent pas les clients à la petite cuiller.
Sylvain Sendra a porté le genre très haut rue Paul Bert. Pourquoi pas ici ?
Ramuntcho
5 juin 2008 at 16 h 27 minSurtout que je ne partage pas du tout l’avis de Laurent…
Moi aussi je trouve que la vie est triste lorsque tout est parfait!
Ramuntcho