Montreuil-sur-Mer. Il faudrait prendre un restaurant dans sa respiration. Le laisser venir comme le poisson de la rivière. Parmi les aulnes, précisément, la Canche tente de rejoindre la mer. Elle paresse dans les brumes de la nuit. Il n’y a pas un bruit. Tout à l’heure, à l’auberge de la Grenouilllère on n’entendait que la ventilation des cuisines, le chant des couverts . elle appartient à ces étapes bucoliques échappées de naguère, voguant dans un songe. Parfois, elle se dépose non loin de Montreuil-sur-mer et vous embarque dans son cinéma sépia.
Sur les murs de la première salle à manger (celle de droite), le batracien est à l’honneur dans des poses épatantes. Il est en frac avec madame, gobe une coupe de champagne, inspecte le maitre d’hôtel. Les mets sont servis à la cloche, et aux bougies. Ce soir, rien ne semble avoir changé, même éclairage miel, le service aux petits soins, les clients un brin désarçonnés. C’est un peu les restaurants comme on les aime. Vous êtes arrivés en fin d’après-midi, depuis longtemps vous aviez réservé l’une des quatre petites chambres. Vous avez sorti un beau coctume, la politesse au restaurant, c’est également se mettre en habit en apétit.
La cuisine de la Grenouillère, c’est l’histoire d’un père et son fils. Roland Gautier a passé la main à son fils Alexandre. Mais il est encore là parfois, comme ce soir, à accueillir. Il a le scrupule inquiet, la gentillesse aux aguets. Il doit parfois voir passer les plats de son fils en se serrant les lèvres. Parce qu’il faut être un peu gonflé pour jouer à minima comme dans ce pigeon de Licques, juste soulevé discrètement par la betteraves et les groseilles. Dans le coin supérieur de l’assiette, sur la gauche, volontairement décentrés,deux salmis du volatile. Et c’est tout, un damier à la Vassarelli au centre du disque et vous voilà face à cette nouvelle cuisine, celle de l’excellence du produit (la générosité, on repassera).
Avant, les grenouilles étaient venues entrecroisées en écheveau avec une purée d’ail et de persil. Rien qu’en entendant cette évocation, ma chef de service, personne pourtant habituées aux mœurs de la tablée, eut un haut le cœur rien qu’à penser à ces pauvres cuisses ainsi exhibées. Certes, mais a-t-elle pensé à ces milliers de grenouilles devenues cul de jattes rien pour les beaux yeux de notre gastronomie ? S’en suivit un dessert hardi à base de fraises et de gingembre asséné de façon chromatique (un rectangle nu superposant le crème et le rougeoyant).
C’était parfait d’autant que le train du petit matin eut des états d’âme. On le sentait bizarre dans les virages. Et il stoppa net. Trop durement, puisque la voix du controleur était quelque peu embarassée. Le train ralentit puis se mit à rouler dans le silence. C’était magifique parce que le jour se levait. Partout des brumes et des chevaux dans la rase campagne. On aurait voulu applaudir mais les huit personnes de notre voiture (la deux) somnolait benoitement. Le train repartit comme à regret, nous fit grace de quelques lenteurs enthousiasamntes. En gare d’Amniens, le jeu était fini. La SNCF reprenait les choses en mains, affretait une locomotive plus robuste et proposait des enveloppes pour les contrariés.
la Grenouillière, la Madelaine-sous-Montreuil (03 21 06 07 22). Quatre chambres à partir de 80 euros, Menus à partir de 39 euros. Web Map Photo F.Simon


Alain de Rungis
19 octobre 2008 at 18 h 09 minEn février du côté d’ Arbois , c’est aussi le moment des grenouilles , il ne faut pas les manquer ( de la française bien entendu !!! )
Et tant que vous y serez, allez déguster le merveilleux poulet au vin jaune de Jean-Paul Jeunet , pour ceux qui ne le connaisse pas , c’est un chef bourré de talent ,
** au guide rouge , et surtout ne manquez pas de parler avec sa maman Raymonde , merveilleuse mamie de 84 ans ( qui se baigne encore à son age, dans les rivières bien fraîche du Jura ) et n’essayez pas de faire un concours avec elle de » celui qui mangera le plus à table » pour ma part je pense avoir un bon coup de fourchette : j’ai perdu ….
Aurélien
21 octobre 2008 at 17 h 45 minUn diner l’année dernière juste avant l’attribution de l’étoile, m’avait laissé une impression mitigée, l’angoisse surement. Attente, petites déceptions (le vin notamment), mais quelques (bonnes) surprises aussi.
Et la gentillesse d’Alexandre, évidemment. Ainsi que son enthousiasme communicatif.
Claude Trobon
29 septembre 2009 at 16 h 16 minBonjour,
J’ai dîné à l’Auberge de la Grenouillère peu de temps avant l’attribution de l’étoile. Nous avons pris le menu découverte, une dizaine de plats, et sommes allés de surprises en surprises. Les produits locaux (pigeons, moules, grenouilles,…) sont sélectionnés avec beaucoup de soin et la créativité d’Alexandre Gautier est débordante. C’est à 2 heures de Paris et ça mérite vraiment le voyage.