C’est bon, Bon?

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Lancement en grande pompe, Bon (25, rue de la Pompe, 75016 Paris ; 01.40.72.70.00) effectue un grand retour.

C’est vrai le lieu a du chien, une belle dégaine passée au taille-crayon de Philippe Starck, même copie un peu rebrossée, des meubles bougés mais toujours ce même air pop ludique avec capitonnage, lustre de Murano, éclairage arythmique, une sorte de poésie années 80 de la nuit avec ses fausses bibliothèques, canapés profonds et petites tables minuscules.

Il faut dire que s’appeler Bon, ce n’est pas gagné d’avance. Imaginer un jeune chanteur se faire appeler Léo Ferré, un footballeur Pelé (ça existe, il y en a partout, un jeune député de Gaulle (ça s’est fait aussi). Tout le monde vous attend au tournant, les uns avec des yeux grands comme des soucoupes, les autres avec le fusil à pompe ; ça c’est la France, n’est-ce pas ? Ça tombait bien, jeudi soir, il y restait quelques tables de libres.

Par ce temps frisquet, il est évident que l’on va pas traverser tout Paris, pour caser ses genoux sous les tables du restaurant. Disons qu’entre Bastille et le 16e, il doit bien y avoir une soixantaine de tables qui valent le coup (de Pompe).

L’accueil est extrêmement gentil. Les tablées sont jolies, courtoises, beaucoup d’autochtones venus en chaussons ou alors une anniversaire surprise avec coup d’échape (burberys) pour punir les instigateurs. Et l’assiette ? On se souvient des débuts du restaurant avec un chef inspiré (Jean Marie Amat) adoubé par Laurent Taieb, à l’époque, ça déménageait sec, on y allait droit devant avec des plats et autres bombinettes astucieuses. Maintenant, le thème est asiatisant. Après tout, on pige pas grand-chose de ce continent lointain, on pourrait mettre la quatrième roue de la voiture dans la boîte à gant que personne ne s’en rend compte.

La méconnaissance des cuisines étrangères par les Parisiens est tellement crasse que l’on comprend aisément qu’on s’y engouffre en se frottant les mains. Carte minimale gentiment pompée sur les cartes Costes (quasiment la même typo, le papier blanc cassé, la verticalité étroite) où Les nems némisent l’esprit ailleurs, laissant un vague croquant. Plus risquée était la sole au caramel et au citron. La sole arrive dans un tortillon gracieux, se tordant vers le haut comme si elle sentait qu’il allait lui falloir justifier un prix assez gonflé : 32 euros. Quand on l’a en bouche, on se dit plutôt que la sole avait envie de se casser vite fait plutôt que d’avoir à justifier cette association prévisible dans sa chape fantaisiste mais pas franchement intéressante ni dans les saveurs (gentil matraquage caramélisé) et les consistances (fibres du poissons déjantées).

Dessert grotesque comme cette pana cota de carnaval masqué à la rose, aux fraises et aux litchees (et à la chantilly et à la feuille de menthe), addition au fusil (à pompe) à 195 euros pour deux avec une entrée partagée et un saint joseph Guigal transparent à 60 euros. Bon ? Plutôt bonbon.

25, rue de la Pompe Tel : 01.40.72.70.00. Map

(photo F.Simon)


  • jerome
    13 décembre 2008 at 18 h 03 min

    Mr Simon, des news sur JF Piege ? C’est de l’actualité, du tout chaud… et ça serait interessant de connaitre le pourquoi du comment ! Pourquoi un tel « genie » est-il désavoué ?

  • Gould
    13 décembre 2008 at 20 h 40 min

    Starck! Je m’arrête à ce nom, et je passe mon chemin sans lire la suite 😉
    C’est homme est une catastrophe ambulante. La forme (narcissique) qui prend le pas sur l’utilité des choses.

  • Gould
    13 décembre 2008 at 20 h 45 min

    Cet homme… désolé pour la faute frappe

  • Bloch
    14 décembre 2008 at 13 h 14 min

    Votre dessert pris au Bon : encore un pompage de l’Ispahan de Pierre Hermé j’imagine ?
    Et c’est marrant, je sais qu’il existe des tas de façons d’accommoder la sole (même dans l’Escoffier !) mais je n’ai jamais trouvé de recette dépassant la sole sautée meunière !

  • yann
    14 décembre 2008 at 15 h 47 min

    Beaucoup de mépris dans cet article Monsieur Simon. Avez vous des comptes à régler avec le propriétaire des lieux?

  • mauss
    15 décembre 2008 at 13 h 05 min

    Qui peut croire encore que mode et gastronomie peuvent aller de pair ?

  • françoise
    15 décembre 2008 at 14 h 20 min

    Mais enfin..;quand cela n’est pas « à la hauteur »…il faut le dire , donc mission accomplie Monsieur !
    Je vous en remercie.

  • Venus
    16 décembre 2008 at 10 h 09 min

    un restau « Bon » pour W ?

  • Agnes
    23 décembre 2008 at 10 h 32 min

    Mon voeu pour 2009 : continuer à me bidonner en vous lisant …