L’Aubergade en version longue…

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Dans le Figaro du samedi, vous retrouverez la rubrique croque notes,…Régulièrement je fais un peu trop long, alors voici rien que pour vous la version off.

Rhapsodie pour un linceul

Temps de lecture : 3mn 23

Lorsque l’on se rend dans un restaurant, rien ne vaut d’avoir une petite idée. Cela permet de se préparer, de mettre son coeur en habit.

Ce chou farci de l’Aubergade, à Dury, près d’Amiens, j’y pensais depuis au moins un an. Un grand plat, me répétait-on, qui valait le voyage. Soit. Train à la gare du Nord à 17h34, arrivée une heure plus tard, un taco (03.22.91.30.03 ; comptez 16 euros), une chambre d'hôte à 50m (madame Saguez, 2, rue Grimaux ; 03.22.95.29.52 ; à partir de 55 euros), le tour était joué.

Mais c’est parfois oublier que la réalité est moins prévisible qu’un horaire de TER. Lorsqu’on demande au maître d’hôtel de l’Aubergade si l’on peut attaquer directement par ce fameux chou farci, il y a comme un lézard. Comme si le désordre venait tutoyer cette maison si bien rangée (entre show room de fleuriste et maison préfabriquée). Comme si des lycées débarquaient au rectorat, un supporter sur la pelouse.
Finalement, notre homme admet cette fantaisie mais revient en annonçant l’amuse bouche. Tractation, puis une demi-heure plus tard, arrivée de notre formidable chou farci (26 euros).

Il était épatant dans ses volutes, un poil policé, mais fameux, onctueux descendant ses escaliers par marches voluptueuses, tractant sa rapsodie avec carottes, foie gras, céleri sauce fond de veau. C’est la version Jean Delevayne et des plats comme ça valent le détour.
Cela dit, il y a avait un autre élément qui ne figurait pas dans cette fameuse recette : la clientèle. Au début, tout allait bien, petit couple entre eux recevant métronomiquement des appels téléphoniques, le train train paisible d’un restaurant en temps de crise.

Lorsque le grand classique nous est arrivé par petites grappes : le repas de médecins. On les connaît régulièrement, ils s’invitent dans ces chroniques pour mettre leur bazar de notables en goguettes soit une douzaine de messieurs (mais point de dames, à part la puissance invitante), alternant l’overdressed (costard nickel boutonné sur le devant) et le gugusse qui met un point d’honneur à arrivée en jean et polo comme s’il venait de réparer sa tondeuse à gazon.

Jusque là, c’est amusant, la nature humaine est admirable dans sa diversité, on s’ennuierait tant si ces éminents cardiologues se pointaient en blouse blanche et calot sur la tête. Statut social faisant, ces grands pontes flattés par l’invitation et la considération mercantile qu’on leur portait, s’embarquent dans des conversations d’entre collègues avec des passages qui méritaient une standing ovation.
Morceaux choisis : " oh putain, cet après midi, y en a deux qu’ont clamecé…Je reviens du Cap vert, comment c’était ? Curieux".

Au bout d’un moment, cela devient fascinant, gentiment dégoutant, du style une épidémie de diarrhée que l’un d’entre eux s’est chopé. Le dessert arrivait sur ces entrefaits, la soirée pouvait continuer on se raclait la gorge et autre attributs de la conversation ; heureusement que personne n’eut l’idée de mettre la télé pour voir le match de foot vespéral, c’était tout comme.
C’est ainsi qu’un chou farci entre par la petite porte de votre mémoire, il ne risque pas d’en ressortir. Adresse on l’aura compris, remarquable dans son traitement des plats, somptueusement barbante dans son déroulé.

L’Aubergade, Eric Boutté, 78, route nationale, 80480 Dury (03.22.89.51.41) Comptez 50 euros. Map

  • Julien Escot
    18 avril 2009 at 16 h 03 min

    c’est illisible ! 🙂

  • Eclair
    18 avril 2009 at 21 h 43 min

    Pas de chance un groupe de médecins c’est pire encore qu’un groupe d’architectes et ce n’est pas peu dire. Je vous plains cela dit Dury c’est bien et cela mérite bien une petite ballade.

  • regis
    18 avril 2009 at 22 h 08 min

    Allons !
    Un groupe d’architectes sait se tenir et respecte le chef dans ses fourneaux ! Normal, ils font le même métier et ont aussi des problèmes de voisinage.

  • Archie
    18 avril 2009 at 22 h 43 min

    Si vous êtes amateur, vous connaissez peut-être le chou farci de Chantairelle, rue Laplace dans le Ve ? Table croquignolette, ambiance étrange et décalée (un haut-parleur diffuse kitschement des chants d’oiseaux, entrecoupés de meuglements bovins quand un client pousse la porte d’entrée). Le chou farci ? Droit dans ses bottes, fumant, craquant, énorme et sympathique. Béruréen. 17 euros à la carte.

  • G Beauquier
    24 avril 2009 at 22 h 48 min

    Dans Le Figaro,
    faut pas dire les gros maux…