Ce genre d'adresse reste irrésistible. Comment ne pas y aller? On en fait un Haché menu pour le Figaroscope et voilà ! Une salade en terrasse, une !
Rien ne vaut ce genre de déjeuner où l’on joue avec les
nourritures. Vous savez ces petites dînettes informelles où vous avez
l’impression de gagner en légèreté, regagner le cosmos et les anges aux
omoplates cotonneuses. Tu parles,
sous prétexte de repas alibi, on boulotte toute la corbeille de
pain, on prend des salades à 1000 calories, des gâteaux vicieux et les
chocolats du café. Allez comprendre comment on fonctionne ?! A l’envers,en
dépit du bon sens. On comprend pourquoi après les Parisiens ont cette chimie si
particulière. Sorte de magma contrarié gorgé d’adrénaline, de paradoxe et de
spleen moroses qui donne cette population unique au monde, gentiment écoeurée,
d’une susceptibilité de chantilly. Un des repères de ce genre de moonwalk
(cette fameuse marche à l’envers de Feu Jackson), c’est bien évidemment
Carette, place du Trocadéro. C’est unique.
La salade. Un beau jour, il faudrait faire descendre le GIGN
du goût, prévenir les médias, encercler le salon de thé et coffrer les clients
et les cuistots. Dans un vaste théâtre gorgé de velours pourpres, on ne posera
que trois questions. Pourquoi cette salade ? Pourquoi la faites-vous
ainsi ? Pourquoi l’avalez vous de la sorte ? Parce que grosso modo,
c’est pas bon, c’est cher et c’est fait sans âme ni cœur. Tous les éléments
traînent des pieds, regardent en l’air en attendant que ça se passe. Sans
doute, les haricots verts, les crevettes en boites, l’avocat allongé ont pour
mission de remplir l’assiette et surtout de ne pas rejoindre votre estomac,
alors là, c’est réussi. Sinon, c’est peine à voir. Pourquoi, pour le même prix
et même plus cher, et même moins cher : on ne pourrait avoir meilleur,
moins cynique, moins désincarné. Tout le monde serait content. Les clients
d’abord et les cuisiniers qui
retrouveraient leur fierté, leur honneur. Bon allez, c’était une blague. Vous
pouvez sortir du théâtre, on retire la question. Vous pouvez reprendre le fil
de votre pensée. Et puis
non ! Retour au théâtre et signez une pétition pour redonner un peu de
dignité à ce petit monde vert et tendre. Un jour, vous savez, ils se vengeront,
nous tiendront par l’estomac, la trouille et les remords (on y est
déjà !).
Le millefeuille. C’est drôle mais avec le millefeuille, on
attend de la magie. Vous vous souvenez de ce souffle cristallin qui
parfois illumine les restaurants : quelle danse ! Dans les salons de
pâtisserie, c’est un peu différent. Le millefeuille fait la ronde les mains
dans le dos, mais il ne percute pas. Bien souvent, il sort de l’armoire
réfrigérée car contrairement au restaurant, il n’est pas fait à la minute. Il a
froid à son cœur. Il peine. Ici chez Carette, il tient honnêtement la route,
mais aurait pu faire mieux (tenez : comme ici les éclairs au chocolat ou
les croissants ). Il donne dans la note mais sans fracas, ni percussion. Il est
au calme, il pianote.
MAIS ENCORE…
La clientèle. Majestueuse dans son onctuosité fleimarde
(surtout en fin de matinée), admirable d’effets, de lisibilité (beaucoup de
signes), matant à en perforer l’atmosphère. Impayable (façon de parler). La
vraie vie parisienne désarmante, horripilante, ne laissant jamais de marbre, ni
de bois.
Le service. Dans ces cas-là, avec autant de dézingués,
autant être calme, stôique, le buste droit, la démarche souple. Efficace.
Faut il y aller ? Ça j’y retournerai, mais juste pour
le cappuccino.
Est ce cher ? 102 euros pour une salade et deux
cappuccino, avant l’euro, on se serait étranglé de rire en appelant le patron.
Maintetant, tarif Bristol, pour les distraits. Bien sûr, beaucoup trop cher, vu
la qualité.
Carette, 1, place du Trocadéro, 75016 Paris
(01.47.27..98.85). Map
