Télé: l’art de se carboniser

J'ai jeté un coup d'œil la semaine dernière sur la nouvelle émission de M6. Pas mal du tout avec les chefs sadisant les poussins, la musique lacrymale et les plats gadgets pleuvant comme dans les restaurants en vue… On m'avait demandé au journal de rédiger un petit papier racontant mon expérience en la matière. Vrai papier casse figure: je me vois pas jeter la pierre aux chefs et aux confrères….Quel intérêt, n'est ce pas ?

R0012068 

Ratatouille avait lancé le thème : tout le monde peut
devenir chef. Même les rats. Ce qui reste à prouver. Du coup, la télévision
s’est gratté la tête et y a trouvé des émissions de téléréalité. L’exercice est
louable et franchement depuis des années, au Japon, les combats de chefs dans "Iron chef", sont épatants de drôlerie au second degré, avec l’effroi du
vaincu, la transe testosteroné du vainqueur, et entre les deux, toujours,  un brave pigeonneau encore cartonné
dans ce génocide persistant.

Il y a inévitablement un jury dans le coin, qui
ajoute l’assaisonnement nécessaire, brocarde, encourage, perfore d’un mot.
Disposant au Figaro d’une colonne consacrée à la gastronomie, j’ai été
sollicité pour en faire partie par des personnes très enthousiastes. J’ai
finalement renoncé parce que le travail de critique demande un recul, une mise
en perspective et surtout une discrétion que ne favorise pas toujours la télévision.
Comme pour les sauces, on y travaille souvent dans le précipité, on jongle, on
se risque, on sait pertinemment qu’il suffit d’une jolie vacherie ciselée pour
devenir la vedette d’un jour. Il y a des orfèvres en la matière qui ont le cuir
épais et savent manier le lasso.

L’enivrement de l’accélération de notoriété a
pourtant de quoi être tentant. Celle-ci sonne comme la minuterie d’un micro
ondes. Mais il est  parfois
agréable aussi d’être la vache qui regarde les trains passer.  Paître paisiblement et n’en penser pas
moins.

  • Gould
    1 mars 2010 at 12 h 16 min

    Sans faire lèche bottes, c’est tout à votre honneur d’avoir décliné.

  • Syl.
    1 mars 2010 at 12 h 32 min

    Oui, attitude digne.

  • Claire
    1 mars 2010 at 14 h 02 min

    Oui et puis c’est comme dans Matrix : une fois qu’on a pris la pilule, on ne peut plus revenir en arrière ….

  • Sylvain
    6 mars 2010 at 9 h 53 min

    Paître ou ne pas paître…
    Quoiqu’il est toujours possible de couper la poire en deux: si vous apparaissiez pixellisé, masqué, la voix brouillée et métallisée?
    Certes le côté « une nuit avec la BAC en seine saint denis » n’est pas forcément dans le ton….