Si vous aviez loupé le croque notes du Figaro de ce samedi, le voici !
Sans doute les aliments commencent-ils à nous ennuyer ? C’est vrai qu’une tomate, comme ça, c’est gentiment poétique mais à la longue, ça doit lasser. On la pommade, on la trousse, on la fait rissoler. Heureusement que les chefs sont passés par là pour leur donner une nouvelle tête, les faire basculer dans la posture et la postérité. Mais même cela, ça ne dure qu’un temps. La nature humaine ayant horreur du vide, nous sommes en train de nous embarquer vers une nouvelle variante, le nom attaché, la marque, la firme. Une tomate bof, ça va, mais lorsqu’elle est cuisinée par Alain Ducasse, ça va mieux et lorsqu’elle est de surcroît élevé par Joël Thiebault, nous jubilons. Car nous avons peur. Non sans raison, de ces tomates qui nous viennent ventre à terre du sud de l’Europe. Plus précisément d’Alméria, dans l’Andalousie où le taux d’ensoleillement et aussi élevé que les salaires sont bas. Ce sont elles ces fameuses tomates-grappes qui nous désespèrent par leur façon de tourner en rond, sans goût. Juste du rouge. Qui devrait être celui de la honte d’une Europe agricole marchant sur la tête, lançant comme des bombes sur les routes ses semi remorques réfrigérés emplis de tomates…vertes. Regardez bien la prochaine fois, une brave salade de brasserie et vous comprendrez mieux pourquoi lorsqu’un chef s’installe dans une ville, la première question qu’il se pose, ce n’est pas de trouver du personnel ou une attachée de presse, mais des tomates.
Dans ce milieu anxiogène qu’est devenu la gastronomie, le nom rassure et logiquement lorsqu’on rajoute des référents forts, logiquement, on fonce, comme soulagés. Armani Caffé, maintenant Ralph Lauren (et la viande de son ranch) nous rassure car ils cautionnent un produit par leur savoir faire. S’il boutonne aussi bien qu’il élève, cela nous va. Bientôt nous aurons des Banana split Eminence, du jambon Dior, du saumon sauvage Hermès (notez bien la péréquation du code couleur), le poivre Peugeot, les pommes de terre en robe de chambre Charvet.

Helene
27 avril 2010 at 11 h 28 minJe voulais juste vous remercier d’être sur cette planète et pour l’émission avec Colombe Sneck. Vos mots restent en moi.
Bonne route !
Ratatouille
27 avril 2010 at 12 h 01 minMerci à Hélène pour cette savoureuse émission qui m’avait échappé !
http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/les-liaisons-heureuses/index.php?id=90006
Dès lors, une question se pose à quand le grand retour radiophonique du Sieur François Simon ?
Un nostalgique de « La Bande à Bonnaud »
Exploratrice de Saveurs
30 avril 2010 at 12 h 51 minTout à fait d’accord avec votre analyse, je vous invite à jeter un oeil à cet article consacré aux relations entre « haute couture » et « haute cuisine », publié dans Mode de recherche, la revue semestrielle de l’Institut Français de la Mode (janvier 2010) :
« Dans l’univers culinaire, la signature a fait son apparition (…) le nom a acquis un poids et une valeur inédite jusqu’à devenir signature. Qu’on pense par exemple aux ‘plats signature’ mis récemment en avant sur la carte de certains grands restaurants. Or, cette signature, dans le domaine de la gastronomie comme de la mode, fonctionne sur le principe de la marque, – passant d’une problématique de l’artisanat de luxe à celle du retour sur investissement.
Par la médiation d’une construction de la cote, un pâtissier comme Pierre Hermé est devenu une marque, c’est-à-dire une valeur d’usage symbolique, qui fait vendre, qui s’offre les services du marketing, et qui assume désormais sa place sur le marché de façon plus agressive. Inconcevable il y a cinquante ans, l’importance actuelle du marketing de la marque témoigne bien des mutations à l’oeuvre dans l’univers culinaire, lesquelles suivent celles de l’économie du luxe. Et Joël Robuchon apposant son nom sur des gammes de plats cuisinés, c’est un peu Christian Dior découvrant la valeur de sa signature, et capitalisant sur elle en développant un système de licence sur différents produits dérivés de l’univers du luxe. Une façon pour eux de se différencier et d’exister sur le marché, tout en exploitant la valeur du nom. D’ailleurs, le même couturier n’allait-il pas jusqu’à déclarer : « Vous savez tout ce qui concerne la bouffe m’intéresse ! Je connais beaucoup de recettes et, un jour, on ne sait jamais, je pourrais peut-être en avoir besoin. Qui sait ? Du jambon Dior, du rosbif Dior ? » .
A lire sur http://exploratricedesaveurs.com/2010/02/06/modes-et-cuisines/
A télécharger sur http://www.ifm-paris.com/pdf/mode_rech_02_2010.pdf
Gould
30 avril 2010 at 16 h 09 minMerci Hélène pour l’émission. On ne se lasse pas de l’écouter. Son retour sur les ondes serait le bienvenu. Qu’il continue surtout de se faire discret.