Alerte rouge

Dernier croque note paru dans le Figaro de samedi dernier…

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Avant que la terre ne nous tombe sur les pieds, il y a
d’autres façons de bouffer les pissenlits que par leurs racines. Avant que nous
nous trouvions englués dans un déluge visqueux, on pourrait pactiser avec la
planète. Juste un petit peu. Vous voyez déjà le tableau ? La Seine
engorgée jusqu’à Notre Dame, la Tour d’Argent salie, une école primaire
ensevelie sous une purée bitumeuse. Le SAMU nettoyant au white spirit nos
petits bouts de chou. Houla, ça ferait moche dans le tableau. Ce n’est pas pour
demain, juste après-demain. Alors, en attendant, sans pour autant y aller en
vélo à vent, il existe des tables dédiées à la nature, une sorte d’ode
jouissive, désarmante de candeur ; un hymne soyeux (et joyeux), un truc à
vous faire sangloter, à repartir pieds nus psalmoniant comme les prophètes de
Tintin (l’Ile bleue). Ce restaurant s’appelle L et Lui. Il est situé dans la
jolie commune  de Saint Paul Trois
Châteaux, à une petite heure au nord d’Avignon ( 2, rue Charles Chaussy, ;
04.75.46.61.14 ;letlui.com). Ce restaurant n’est pas une table bio,
rassurez vous. On y mange aussi de la viande, du poisson. Mais il y a deux
dingos passionnés de jardin (Cathy) et de cuisine (Cédric). Du reste, c’est inscrit
sur la façade : Cathy Jardine…Cédric Cuisine. Menu hyper simple réalisé au
jour le jour, le marché et le jardin. Il suffit de dire ce que l’on n’aime pas
(les yeux de tortue, la cervelle de chat, les ongles de lama) et le chef fait
le reste. Les intitulés sont à vous faire sortir le dictionnaire botanique.
Comme une planète enfouie, disparue (la nôtre, ouin !) ; une  poétique irrésistible où conversent
l’aspérule odorante, l’ache des montagnes… arroche bon Henri, papal, pigamon,
anis vert, chardon marie, cerfeuil musqué, tomates des Andes, monarde pinctata,
dracocéphalum, coriandre mexicaine, les perilla vert et rouge, le bisaap,
la baselle, les capucines. Quel défilé délicieux. Je serai bien incapable de
vous répéter le nom des plats. Ils appartiennent à un sabir enrubanné. Les noms
sortent de la bouche de la patronne comme des sortilèges. Au final, c’est bon,
on se sent comme végétal, une bonne pâte. On est comme possédé. On voudrait que
ce restaurant devienne une nef, nous emmène loin, nous retire de ce monde qui
nous donne les chocottes. Même l’addition vous laisse sur votre petit
nuage : 22 euros avec deux plats malicieux et si jolis. Lorsqu’on ressort,
on se fait des promesses. Le corps donne la leçon à la tête. Il serait bon
d’écouter notre estomac. La panse pense.

Deux mots pour évoquer la disparition de Lucien
Vanel, qui fut le premier restaurateur de Toulouse à obtenir "deux
étoiles"en 1977. Il est décédé à "la veille de ses 82 ans". Je
lui dois mon premier choc gastronomique : une truffe en croque au sol avec
un verre de montée de Tonnerre
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  • lepierre
    3 décembre 2010 at 18 h 20 min

    pas un resto bio? viande poisson? le rapport?