Le soir à l’hôtel sur son carnet
en spirales, Roland Barthes notait les événements de la journée. La réaction
des clients selon la pression de ses doigts, le frôlement des corps, leur façon
de s’abandonner, de renverser la nuque, de laisser leurs mèches l’allumer. De
tout raconter. Roland écoutait. Il
aimait bien cette vie de beurre salé, de longueurs et pointes. Il s’acheta un
nouveau stylo avec sa première paie.
Parfois, il achetait les journaux.
Découvrit la tête de Fabien Barthez. La mort de Tito. Et un beau matin, Olivier
dans son lit.
Roland lui raconta tout.
C’est-à-dire rien.
Un beau jour de mai, Olivier
ouvrit le journal. Et dit :
– Bart rô-län
– Pardon ?
– Roland, c’est ton prénom et
l’on te recherche à Paris !
– Fauteuil Roland ?
– Non, arrête, Roland Barthes.
Tous deux lurent le papier. On avait perdu les traces de ce
grand écrivain sémiologue. Deux personnes l’avaient vu pour la dernière
fois : un libraire et Philippe Sollers. Paris était en émoi. Le Café de Flore
était le QG des interrogations.
– Tu
sembles tellement triste sur les photos?!
– C’est
vrai qu’est ce que je devais m’ennuyer, t’as vu ce regard perdu, ces pulls en
V, quel pathos ?
Roland et Olivier décidèrent de
modifier la coiffure de Roland (un carré entre Jeanne d’Arc et Glucksman). Ils
firent les morts. Ils se mirent à lire, comme l’on remonte une piste.
– Lis ça,a ma définition du mot
pathétique, par Tony Duvert !
– <Pathétique. Pauvre
Beethoven, si contrefait ! De belles jambes auraient profondément changé
son existence. …Et ça encore: <Danger. Que les faibles sont donc
dangereux, par leur affreuse passion de se grouper derrière les
imbéciles>. Je suis sensé le
connaître, je l’aurai pistonné à mort pour le Médicis. Le prochain week end, on va le
voir !

jules
10 août 2010 at 21 h 19 minje l’aurais pistonné??ahhhhh ce futur/conditionnel, le pont aux ânes des écrivains
commentateur
11 août 2010 at 17 h 48 min« Pathétique. Pauvre Roland Barthes, si contrefait ! De belles phrases auraient profondément changé son évocation. »
Et ça encore: « Danger. Que les faibles sont donc dangereux, par leur affreuse passion de se piquer de littérature. Vous êtes sensé le connaître, vous l’avez pistonné à mort pour le Figaro. Le prochain week end, on va souffler! »