Mumbai, encore quelques impressions…

8 – Les enfants du Réservoir

Dans le quartier de Malanal Hill, oscillant entre le luxe des villas privées et un bidonville cramponné au bord de la mer, au détour d’une ruelle, d’une placette, voici une enclave inattendue. Il s’agit d’un réservoir d’eau sacrée rectangulaire, encadré de gradins. on s’y lave, on procède aux bains rituels, on s’y rafraichit, on y joue, on laisse passer la vie. Parfois, on médite dans son coin. Le temps passe alors avec une incroyable lenteur. Plus de Klaxon, de cohue, de chaos, une sorte de fragment d’éternité. Se laver est une sorte de ritournelle de la ville. Même en plein carrefour, sur la rive d’un trottoir. C’est une façon aussi de s’extraire, de rentrer en soi comme lorsqu’on se mouille le visage.

Banganga, Wakkeshwar Rd, Malabar Hill.

     

  9 – Le Taj Mahl

C’est un des plus illustres hôtels au monde (1903). Déjà par sa dégaine impayable mélangeant avec un stoïcisme admirable le catalogue des styles architecturaux (victorien, gothique, islamique, greco-romain, maharadjah, mogol, indo-sarracébique), sans oublier les ascenseurs importés d’Allemagne, las bains turques, l’acier similaire à celui utilisé pour la Tour Eiffel. La terre entière elle aussi s’y est déversée mélangeant sur les mêmes oreillers les têtes couronnés, les stars du moment. George Harrison y suivit des cours de cithare  auprès de Ravi Shankar (suite Shankar) pendant que John Lennon et Yoko s’enfermaient dans leur suite ( ) pendant cinq jours,ne laissant pas même le service et les femmes de ménages y pénétrer. Aujourd’hui flotte encore ce climat si particulier aux palaces de ce monde avec sa frivolité luxueuse, ses fortunes empruntées, des nostalgies stylées et de nouveaux venus sonores. La façade aurait été inversée par erreur, donnant sur la piscine et non sur la mer, mais personne ne vous demandera de le croire. En revanche, il existe une partie « tour » (1972) et une autre « palace », les prix opérant le tri naturel. Irrésistible.

Apollo Bunder, Mumbai 400 001 .www.tajhotels.com

10 le bateau, le recul maritime

Flotter, reste la botte secrète des voyageurs. se retirer. se glisser dans la parenthèse, s’exclure en quelque sorte. Gommer la ville de ses Klaxons, de son tumulte, de sa fureur douce. Il suffit de prendre n’importe quelle destination, même monter à l’improviste sans même regarder le point d’arrivée. C’est alors qu’il faut goûter l’ éloignement de la ville, son manque, au bord du regret. C’est au retour que l’opération devient magique.  Mumbai arrive alors au ras de l’eau: la meilleure façon d’approcher les ports (Hambourg, Rio de Janeiro, ne York, Tokyo…). La ville, apparait alors « debout » (Louis-Ferdinand Céline) avec en point  d’exclamation, le palace Taj Mahal. le bateau se réveille alors, l’impatience gagne. Le bateau adoucit son approche. Dans quelques instants, il fera Mumbai.

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