2/3. Guyane, la suite de la plongée…

4 l’humidité, une façon d’imprimer le temps

Il n’y a pas que la chaleur en Guyane qui vous désarmera, c’est également l’humidité, cette moiteur lente et tiède qui doit tourner en bourrique les biscuits secs. Les épidermes émettent alors d’autres reflets, d’autres signes. Votre corps se met au diapason de la vie, quitte les sécheresses urbaines, les alignements climatisés, pour rejoindre un univers de forêt, animal, vivant pleinement… Arrive alors l’impression d’appartenir à un éco système, débarrassant en quelques instants nos rigidités pensives, notre cartésianisme implacable, pour se laisser aller. Enfin.

5. Apprendre de la diversité

Apprendre la Guyane est comme une thérapie. Lorsqu’on réalise qu’il y a 27 variétés d’escargots, 1200 espèces d’arbres, 700 d’oiseaux, 160 de reptiles, et 500 de poissons, l’univers devient plus prolixe, généreux. Le temps devient alors plus riche, la lumière semble aussi se disfractionner pour délivrer de ce séjour le sentiment d’appartenir à la terre, chose que nous avions presque oublié. Le regard désapprend ses certitudes pour découvrir l’innocence de la découverte.

6  Kourou, l’insolence poétique de la modernité

C’en est presque surréaliste dans son amplitude: sortir de la forêt et son silence foisonnant et se retrouver nez à nez avec les derniers cris de la modernité. Assister à un lancement de fusée (deux fois par mois) fait partie des frissons guyanais: un long vibrato qui fait frissonner loin autour et puis le silence d’un ciel marqué d’une zébrure blanchâtre. Kourou se visite, se laisse approcher , exhibe ses rampes et ses alliances (russes, italiennes…). On a presque l’impression d’avoir marché sur la lune.

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7 L’histoire et ses ricochets

Régulièrement la Guyane se rappelle au souvenir et remue un passé assez gratiné, fait d’esclavagisme et de bagnes. De partout, au fil des promenades, l’histoire remonte, s’inscrit  ses morsures sur les murs. Ce sont des marqueurs indispensables de la région, ceux là même qui nous surlignent la clémence de notre temps. A chacun du reste ses pèlerinages, l’icône du rock, Patti Smith préférant quant à elle ramener des cailloux de Saint Laurent du Maroni (1981) pour les déposer sur la tombe de Jean Genet, à Larache (Maroc)…

8. Une table bon enfant

Lorsqu’il n’y a pas de solfège unique, la table prend ses aises et ses directions. En Guyane, il y a une telle liberté que l’on glisser d’un registre à un autre sans perdre le fil du pays. Ainsi à Cacao, sur le fleuve de la Comté, à une heure de Cayenne, les Hmongs (réfugié politiques du Haut Laos, venus ici en 1977) organisent le dimanche un marché transformé en vaste réfectoire en plein air délivrant de vastes bols de soupes fumantes. De partout cuisines chinoises, vietnamiennes (au marché de Cayenne), restaurants fusion, restaurants de famille, ou gargotes du soir mijotent des fricassés de viandes de forêts, des salades de mangue et de papaye, de poissons insolites (le »jamais-goûté »)… Il n’y a pas de fil de lecture, juste des appétits locaux, parfumés et spontanés…

9 . Animaux, Moogly est en vous

Rares sont des voyages aussi animaliers que celui proposé par la Guyane riche en réserves nationales (six dont celle de Kaw-Roura). Pour être clair, l’espèce humaine est ici en minorité. Elle ne bétonne pas les prairies, ni ne met en laisse l’espèce quadrupède. On découvre alors une autre humanité, faite de constants sursauts. Certes, les iguanes, les caïmans, les hérons cendrés, les boas, jaguars nocturnes, anacondas et autres terreurs velues, mais également des êtres charmants comme les phistes, sorte de petites brindilles irrésistibles, construites comme un assemblage d’allumettes et procédant de façon irréelle. Au bout de quelques jours, votre regard a retrouvé une innocence d’enfant de la jungle.

10 – l’image manquante

Ce n’est pas un hasard si de nouvelles séries se tournent actuellement en Guyane. Après Canal +, c’est au tour de Arte de terminer quelques épisodes  venues extraire ici la sève et la puissance évocatrice de cette région. Elle subjugue inévitablement par sa dualité fascination/ répulsion, et une certaine « hostilité » de la beauté. Car il y a dans ce voyage, un sentiment presque neuf, loin de la docilité habituelle des destinations, un gout sauvage, mêlant le brut et le naïf, redonnant au voyage un gout tenace et mémorable; la saveur du mythe de la jungle…

Sur la photo ci-dessous, l’excellent photographe Yann Stofer. Il a réalisé un superbe reportage pour ce numéro d’Air France Magazine. En plus, on s’est bien marré…

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