1/3 . Allez, je vous emmène à Sapporo …

si vous saviez comme j'étais bien là bas...

Dans son nord éloigné et enneigé, Sapporo aurait pu bouder de son isolement. C’est ce qui la rend pourtant si attractive, non seulement pour son Festival de la neige (début février), mais aussi pour sa convivialité, et la force de ses paysages.

Rien de tel que de prendre un voyage à revers. Entendons- nous: il ne s’agit pas de marcher à l’envers , d’enfouir sa tête sous son pull. Non, il s’agit de le déjouer. Le laisser croire que l’on va à Tokyo. Puis bifurquer soudainement, façon filature du cabinet Duluc, prendre une autre destination finale (Sapporo, mais chut). Y aller en train. Logiquement, au terme de ce calcul louable, vous aurez semé tout le monde.

Pourquoi le train? Parce qu’il convient à une approche douce, à remonter le lentement les parallèles. Laisser le paysage s’ourler, se couvrir. S’essayer à l’ébauche, celle-là même qui enflamme l’imaginaire. Le trajet faisait bien 22 heures avec le train de nuit, le Cassiopeia. Il était merveilleux avec ses courbes années 60, ses bleus canards,  ses 97  cabines et ses sept suites panoramiques. Hélas, celui-ci s’est arrêté (mars 2016) pour laisser place au tracé cursif des crayons de couleur du shinkansen. L’affaire se boucle maintenant en huit heures. Le temps de sommeiller, de se réveiller au rythme des gares, s’enfouir sous le tunnel de Seikan (53,8 km) pour laisser enfin percer l’île d’Hokkaido.

Lorsque vous descendez du train, à la JR Sapporo station, le ciel vous fait un superbe cadeau. Il se passe alors une chose magnifique, digne d’un conte. Il neige. La neige du Japon est réputée pour être l’une des plus belles au monde. La proximité de l’océan, les vents froids de la Chine et de la Russie, les chutes abondantes,  le froid vif lui confèrent une prodigieuse douceur, entraînant dans son sillage près de 573 stations de skis (record du monde, le saviez vous ?). Cette joyeuse neige, abondante et câline, joue avec l’apesanteur. Comme dans une boule à neige. Les Japonais ont une vénération pour la neige. Ils adorent la regarder (yuki mi) comme ils le font des pétales des cerisiers au printemps  (hanami). On peut même boire du sake en la regardant (Yimiki zake). La neige est certes le symbole de la pureté, mais elle déclenche outre l’émerveillement enfantin, une sorte de porte entrouverte sur un autre univers, celui de l’au-delà. Serions-nous prêt pour franchir le pas ? On pourrait y croiser dans le reflet de la vitre, les femmes des neiges (yuki onna), ces épouses secrètes et parfaites qui disparaissent si seulement on évoque leur histoire. Une allégorie au sentiment qui fond aux rayons de l’amour.

Il ne faudrait donc pas raconter la neige. Car du reste, on ne le fait pas très bien. Il faudrait arrêter les mots, comme le train qui derrière nous va glisser vers les hangars. Se poser là dans cette féérie pâtissière, ourlée de chantilly, de sucre glace. Nos pas font des bruits de meringue émiettée (cela fait saku saku en japonais). Nous sommes là comme des bougies pensives.

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