Archives du tag: restaurants de Paris

20 06 14
Mon plaisir du jour, une pavlova...à la Société

Mon plaisir du jour, une pavlova…à la Société

Place Saint Germain, 75006 Paris

J’ai bien conscience qu’au dessus de ces lignes, je sens quelques esprits chagrin qui doivent grincer à la scie musicale. Mais vous ne me retirerez en rien le plaisir que j’ai pris à défoncer cette pavlova au restaurant la Société, de Jean Louis Costes. Crémeuse à souhait, abondante, logiquement même à deux, on cale au dessus. Pourtant l’assiette est repartie comme à sa naissance. Pourquoi j’aime cet endroit ? C’est simple. Parce qu’il y a toujours des têtes et des silhouettes singulières, un côté poseur un brin snob qui m’enchante. Pour moi, c’est une partie de l’âme de Paris. Prix cocasses, mais cela on le savait….

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23 05 14
Marius, une fois passée la dimension entre soi...

Marius, une fois passée la dimension entre soi…

C’est drôle, il existe des restaurants comme des réserves, des cénacles. Une sorte d’entre-soi bien compris. Non point qu’on en soit exclu, mais il y a juste un léger voile, une frontière invisible. Marius n’est pas un restaurant exclusif, mais vous entrez dans une adresse bourgeoise, avec ses codes, ses clins d’oeil, ses habitués qui se saluent. Du reste, j’aime bien ces assemblées avec quelques têtes connues coulissant en morse. Au demeurant ce dernier ne figure pas à la carte des poissons. Car ici, l’océan (tendance Méditerranée) est dans son assiette: fraîcheur, iode et traitement classique, approprié. Vous verrez, c’est même une cuisine allègre, plaisante, allant dans le sens du client. On est visiblement à son écoute: ne pas le froisser, le faire revenir, le fidéliser, le calmer, l’amadouer. On le comprendra, accueil aux petits soins, prix cléments à l’ardoise (vu la qualité). Comptez 50 euros.

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19 11 13
Es, le concerto gâché...

Es, le concerto gâché…


Lorsqu'on entre dans ce restaurant, on a tout de suite pigé. Avant, même. La façade n'exprime rien. Pas une pancarte. Ni même un logo, un signe, un hello. Cela ne s'appelle pas. Ou si : « es », comme le « ça » freudien. Peut-on poser la barre plus haut ? On imagine les travailleurs du chapeau se masser le menton devant une telle fanfaronnade. Pourtant, le chef, Takayuki Honjo, 33 ans, n'est pas un rigolo prenant la pause, façon Rodin. Il est passé un peu partout : Astrance, ouverture de Quintessence à Tokyo, Noma, Mugaritz, Petit Nice de Gérald Passédat. Logiquement, il faut plusieurs siècles pour s'en remettre. Pourtant non, ce jeune homme est là, presque chirurgical, posé, clair et net. Les plats peuvent arriver, ils ont été taillés comme des crayons de bois.

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13 11 13
Ciel de Paris, vivre comme un touriste ...

Ciel de Paris, vivre comme un touriste …



Quand on a vu le battage déployé dans la presse, les superbes photos ­design éclaboussant le papier glacé, les papiers dithyrambiques se pâmant sous la nomenclature, tout le monde a eu cette idée, un jour, de pouvoir réserver au Ciel de Paris, au 56e étage de la tour Montparnasse, pas vrai ? ! La réservation se fait par Internet exclusivement. Celui-ci vous chasse si vous demandez une heure honorable (20 heures): complet ! En tapant, 19 heures, ça passe et au passage, vous héritez d'un nouvel état civil: Mademoiselle. On recommande impérativement une tenue élégante. C'est encore mieux, la pression monte aussi vite que l'ascenseur de la tour. Un mufle passe devant madame, la soirée est lancée.

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04 06 13
Invictus, le retour de l

Invictus, le retour de l’un de nos chouchous



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Vous souvenez-vous de Christophe Chabanel, à la Dînée dans le XVeme arrondissement ? Il y déroulait une cuisine bigrement pointue, talentueuse en diable, délurée et décidée. L’époque (années 95) le consacra, fort d’une judicieuse association avec son sommelier avisé, Emmanuel Petit, passé depuis lors au Montparnasse 25 et, depuis peu, au restaurant Fred (190 bis, boulevard Pereire, XVIIeme Tél : 01 45 74 20 48. Terrasse aux beaux jours). Christophe Chabanel voyagea lointainement, s’établit en Afrique du Sud, y ouvrit bistrot et boulangerie. D’où le nom du restaurant inspiré par Invictus, le film de Clint Eastwood (2009). Le voici de retour, en lieu et place de la Table de Fez (cinquante et une années de constance marocaine) rhabillée en bistrot parisien, avec son coude-à-coude en pénombre, le clapotis du bien-être.

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22 04 13
Miss Ko, deuxième couche

Miss Ko, deuxième couche

C’est tout nouveau et franchement, cela vaut le coup d’oeil. Miss Ko, sur l’avenue George-V, à Paris. Le dernier cri poussé du fond d’une machine à laver. Un cri primal lancé par Philippe Starck et quelques habiles tireurs de ficelles. Leur cible : vous ! Avec un but déterminé mais sans franchement de détermination : l’Asie. Un continent pulvérisé, dépenaillé, voire décapité comme l’égérie fantôme des lieux, livrée nue et tatouée en hologramme, Miss Ko. Une sorte de knock-down, une enthousiasmante dénégation cynique d’un monde désenchanté ; un passage sous acide d’un continent compacté et délivré ad nauseam dans le tumulte mou de Parisiens faussement affranchis. C’est bizarre tout de même, cette confrontation toujours compliquée de ces derniers à la modernité. Comme une gêne laborieuse et mollassonne ; un enthousiasme poussif devant une vision qu’on leur restitue : le vrac de l’autre, de l’étranger, l’Asie en l’occurrence. Il y a alors comme une chimie bizarre, un fantastique vide au-dessus de nos propres vertiges.

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12 03 13
Au Bristol, chic, c

Au Bristol, chic, c’est plouc !

C’est toujours passionnant d’aller goûter un plat prolétaire dans un lieu du haut luxe. Car bien souvent, il y a là des petits gars que ça ne fait pas du tout rigoler, ils ne souhaitent pas jouer avec le feu. Et se moquer. C’est un peu leur part de rébellion, leur farouche provenance. Dans les palaces, à part quelques cyniques désoeuvrés, il y a même comme un point d’honneur à ne pas louper le club sandwich, l’éclair au café, le financier à l’heure du thé. C’est un peu – ce devrait être – l’aristocratie du geste gratuit, d’une distinction : ne jamais maltraiter les « simples » les modestes. Au contraire, les sublimer. C’est aussi là qu’on les attend, là où il serait si aisé de les piéger. Au Bristol, adresse des plus nanties de Paris, les prix ont toujours leur cinglante arrogance qui nous font sourire alors qu’on devrait s’esclaffer. Bah, prendre ici une salade d’avocat au prix d’un repas de mauvaise brasserie appartient à des choix intimes. Personnellement, c’est tout choisi. Au 114, les prix ont, paraît-il, baissé alors qu’ils frisaient le ridicule. Maintenant, ils restent meuh meuh.

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29 10 12
Comme Chez Maman, mais c

Comme Chez Maman, mais c’est pas mal du tout !



Avec des noms comme celui-ci, c’est un coup à s’emplafonner dans la demi-seconde. Vous imaginez le propos ? La bascule vénéneuse, les sanglots soudains, l’oedipe cadenassé, le pouce dans la bouche, la captation d’héritage ? Comment survit-on à un tel énoncé ? Comment se faufile-t-on à travers les larmes d’acide, le fleuve de miel et de cendres, les gerbes d’étincelles et de pétales ? Il faut être bien barré pour solliciter un tel firmament. En attendant d’autres saillies gonflées (style Chez Michelin, Kiff Table, Super Cuisine, aux Quatre étoiles, DSK Song, Escoffier Paradis, Haché Menu…), visite dans cette table des Batignolles. Hélas, sans maman, restée à la maison. À la limite, je suis sûr qu’elle aurait aimé aller chez elle, manger sa cuisine, parader avec son bellota- bellota, la saint-jacques d’Erquy. Elle aurait adoré être entourée de grands et beaux garçons, de mettre Guy Béart, Salvador Adamo, Bourvil à donf sur la sono. Offrir l’apéro, chahuter des premiers jobs, pincer la joue d’un angelot analphabète, chiper quelques numéros de téléphone… En attendant, becquetons.

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16 01 12
Portrait de Pierre Gagnaire: <Foutrement bon!>

Portrait de Pierre Gagnaire:

Réalisé, il y a peu pour le Figaro Quotidien, une rencontre avec un de mes chefs préférés.

Le chef multi étoilé (11 macarons) s’apprête à fêter le quinzième anniversaire de son installation à Paris, rue Balzac. Après sa faillite à Saint-Étienne, c’est sans doute la plus spectaculaire renaissance de la gastronomie d’un chef habité par le doute mais dont la main ne tremble pas

 

Lorsque Pierre Gagnaire, 61 ans, est au dessus de son « bar saint germain et son misfit de condiments », on comprend sa gêne. C’est presque de l’anthropophagie. Il va non seulement déchirer les chairs d’un superbe poisson pêché au large de la Bretagne, il va aussi traverser ses doutes, son intranquilité, son incroyable bonté ; lui qui, il y a quinze ans se mangeait (spécialité non inscrite à la carte) un râteau épouvantable à Saint Etienne (1996). Son restaurant était mis en faillite. Il du remettre ses trois étoiles malgré son homard rôti au tilleul et échalotes rôties aux amandes fraîches. Pierre Gagnaire se retrouva alors à Paris, soutenu par trois-quatre épingles à linge (des amis, des mécènes, des croyants, Chantal). Lentement, tel le saumon (sauvage), il remonta la pente. En 1997, deux étoiles revenaient sur sa tête et sa tourtière d’artichauts et poivrades aux oreilles de Judas. L’année suivante, son coffre de canard mi-sauvage, bourré de citrons vert rôti au four avec réduction de banyuls, passe crassane et petits pâtissons grillés lui valent à nouveau les trois étoiles. Depuis lors, Pierre Gagnaire est à Las Vegas, Séoul, Hong Kong, Moscou, Courchevel, Dubai, Tokyo (soit 373 employés) , prenant à chaque fois des poignées de distinctions. Y a t il une morale à cette résurrection ? "Oui, répond-t-il, rien n’est jamais acquis!".

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08 12 11
Paris: le cri primal de Chatomat

Paris: le cri primal de Chatomat

C’était il y a presque deux mois,la visite de ce restaurant situé du coté de Ménilmontant…Publié samedi dernier dans le Figaro quotidien…

Rien de plus émouvant qu’une table qui se lance. Comme un chaton sortant de son panier, les papates devant, les yeux encore collés d’obscurité. On voudrait le prendre dans les mains, lui apprendre. Mais voilà que celui-ci recule. Il sait confusément où il va et en tout cas, c’est clair, n’a pas besoin de vous.

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