22 08 16
Paris. Loulou sort du bois...

Paris. Loulou sort du bois…

Il y a peu, on connut, au Musée des Arts Décoratifs, à Paris, le spectaculaire emplafonnement d’un « grand » chef, venu cachetoner et se mangeant une tarte mémorable dans ce lieu superbe donnant sur les jardins du Louvre. Jamais simple ces lieux bénis des Dieux. Ils en ont en eux un venin redoutable: la tyrannie de la beauté et par là donc, l’hystérie d’une clientèle aux humeurs hérissées. Pour cela, il fallait des pros de la girouette, à savoir des restaurants à la mode (Monsieur Bleu). Il y faut toujours doser, tout en outrant les musiques, les ourlets des jupes des serveuses. Il faut le cynisme d’un docteur Mabuse pour que le chef ne prenne pas le melon et lève le pied sur la pédale. Qu’il délivre une cuisine comprise par tous. Une sorte de gastronomie pour les Nuls, que l’on puisse lire la carte en un battement de cils, un espéranto mondial au babil gentil et sourcé. Pour cela, le répertoire italien s’y colle toujours. C’est un peu la bonne à tout faire de la cuisine sur terre. Parce que c’est une cuisine de mamma, compréhensive, heureuse et simple. Faut il encore la faire avec bonne humeur, humilité, et respect. Disons que Loulou ne se foule pas trop. Il assume, déclenchant des tomates farcies honorables, un vitello tonnato (22 euros !) joli et donc commun. Les spaghetti à la vongole ont les praires inondées dans un bain d’huile pendant que les desserts s’entartent joyeusement. La coupe « très gourmande » aux fruits rouges ne l’est pas du tout; les glaces dites turbinées à la minute, le furent sans doute dans l’heure et arrivent avachies, froides (et non glacées), sucrailleuses. Comme si les nourritures tendaient leur postérieur pour ramasser un coup de martinet bien mérité; intervention que ne renierait pas une clientèle revenue de tout, joliment friquée et le montrant plus que de raison. Ne pensez pas pour autant que cette adresse ne  présente guère d’intérêt. Disons qu’il ne se situe pas dans l’assiette, mais dans le spectacle de la comédie humaine. Et pour cela, l’addition outrageuse est plus que justifiée. Et en cela, Loulou est irrésistible.

...

Lire la suite

06 07 16
Paris. Ritz, la Cosmétique du rêve...

Paris. Ritz, la Cosmétique du rêve…

Une soirée au Ritz, c’est irrésistible. Il est 19h30, on se presse à l’entrée. La porte tourne son tambour, ventile la mémoire, laisse resurgir  les songes d’un palace inimitable. Sur les marches, un responsable de la réception met toute sa concentration à rappeler au jeune voiturier l’importance des arrivées: « Quand le client arrive, dit il avec solennité, il faut aller l’accueillir ». Ca tombe bien, pendant son explication articulée, un couple très élégant sort d’un taxi. Personne pour ouvrir les portières, les accueillir et les saluer. La soirée peut commencer avec ce genre de gag digne d’une comédie américaine  Car, jouer le Ritz est une partition très délicate à interpréter. Il faut balancer d’un siècle à l’autre, comme on le ferait sur un rocking-chair.  Garder, semble-t-il, les manières ampoulées, l’excellence, tout en distillant une touche humaine chaleureuse; être là, sans être trop proche non plus. Tout savoir, mais surtout ne pas trop la ramener, comme une sommellerie joliment à côté de la plaque. Jouer le Ritz, c’est donner de la France, du Paris, façon Woody Allen, avec un air de clarinette penchée, la place Vendôme, Fred Astaire, chanter sous la pluie, Chanel. C’est la vie, quoi. Après quatre ans de travaux, le superbe paquebot reprend vie. Tout a été refait et c’est franchement impressionnant. L’impression de se glisser dans l’intérieur d’une limousine fraîchement retendue de cuir. Le restaurant l’Espadon joue une carte majeure. S’agit de retrouver les étoiles avec l’arrivée de Nicolas Sale (ex-Kilimandjaro, à Courchevel) ; frapper un grand coup sans trop estourbir; illuminer sans trop éblouir. Exister sans trop claironner, se rapprocher de la « perfection » sans trop la tourmenter. Débrouillez-vous avec cela. La réservation fut déjà épique avec une heure presqu’imposée (19h) et la recommandation un brin insistante de prendre l’apéritif sur la terrasse. On sent alors que le chef veut prendre possession de l’espace et du temps. Etirer ce dernier avec un défractionnement de ses plats avec des « appâts » en avant-bouche, façon d’ouvrir l’appétit (comme si celui ci n’était pas déjà ouvert) et justifier, au passage, des prix joyeusement cinglants à hennir d’effroi. Les plats furent honorables, fort bien exécutés dans un classicisme un brin actuel. Le service avait la fébrilité des adolescents quand ils font l’amour pour la première fois. Mais l’ensemble reste très émouvant avec le ballet des cloches, l’émotion palpable, la cuisine comme une cosmétique. Le Ritz lui semble rêver tout là haut comme un bouddha indulgent et malicieux.  Un peu ailleurs, et c’est sans doute cela qui nous attire dans ce Ritz et ses fantômes.

...

Lire la suite

06 06 16
Tiens, j

Tiens, j’ai essayé le « meilleur restaurant » de Paris…

Que les Alleno, Ducasse, Gagnaire, Passard se tiennent bien, que le Michelin reste sous terre, le meilleur restaurant parisien n’est pas celui qu’on croit. Sur 13 360 tables notées par ses « visiteurs », le site TripAdvisor estimait début mai que le meilleur des meilleurs, le summum de la gastronomie était la… fromagerie Danard ouverte il y a six mois à deux pas de la Bourse de commerce. Ni cloche en argent, ni sommelier multilingue et de caviar blanc, mais juste des frometons, trois-quatre tables, quelques vins et voila. En questionnant gentiment la patronne, elle même semble embarrassée par ce titre magnifique, les bennes de laurier déversées sur son auguste front: « Ben oui, convient elle, les gens aiment bien nos planches à fromages ». C’est pas qu’ils « aiment bien », chère madame, ils trouvent cela « génialissime », « amazing »,« le mariage du siècle », « très très bon », « génial »…On s’assied donc, histoire de savoir où se cachent le génie et la prouesse. Sincèrement, après une bonne demi heure de guet intensif, ils se planquent fichtrement bien. Des planches certes, des fromages, oui, un ramequin de salade, d’accord; de l’eau en bouteille de plastique; un accueil gentillet… Mais pour le tremblement, on repassera. On se demande même s’il n’y aurait pas une caméra cachée quelque part histoire de se gausser des gogos par le site alléché. Ce n’est pas la première fois que ce genre d’organisme s’évanouit de félicité devant des adresses fermées, non existantes ou déchiquète de braves tables étrangement éreintées . S’il y a un côté navrant à ameuter les foules pour des pécadilles, cela confirme que les classements établis de nos jours que ce soit par les 50Best ou la « liste » du ministère des affaires étrangères, ne valent pas  tripette. Sont elles juste des indicateurs de notoriété (qui n’a rien à voir avec le talent) ,d’influenceurs venus capter les feux d’un galaxie inclassable. Finalement, ces jeux d’empilement s’effondrant au moindre clic,  rappèlent q’une nouvelle gastronomie voit parallèlement le jour. Elle porte en elle des valeurs un peu moins tordues et mégalomanes. Elles sont très simples, humbles, procèdent de l’intime. Chacun construit sa micro gastronomie avec ses amis (ohé!), ses bons et mauvais gouts. Nos listes personnelles sont les plus fiables au monde parce qu’elles nous correspondent. C’est même à se demander si la fromagerie Danard n’est pas finalement à sa place !

...

Lire la suite

29 04 16
Paris. Restaurant Champeaux. Tiens, il m

Paris. Restaurant Champeaux. Tiens, il m’arrive de me planter ..

C’est un peu stupide, mais j’aurais dû faire un peu plus attention en commandant. Ce soir- là, il faut dire que j’étais troublé comme à chaque fois que je dîne avec mon fils adoré. j’ai la tête ailleurs et lorsqu’on est venu prendre la commande, j’ai choisi à la hâte, le plat du jour. Celui ci n’avait pas franchement grand intérêt, une fricassée de volaille jaune sans relief. J’aurais dû aller gratter ailleurs, à la carte, prendre un soufflé, je ne sais pas…
Mais bon, comment allais- je m’en tirer pour écrire ce papier? L’appuyer sur ce plat quelconque? Bah, les frites étaient si bonnes, le café liégeois un brin vicieux; le service impeccable; le lieux spectaculaire, la population des Halles toujours fascinante. J’ai alors replié mes gaules, la soirée avait été délicieuse.

...

Lire la suite

15 04 16
Paris. Le 1, enfin pas tout à fait...

Paris. Le 1, enfin pas tout à fait…

Dans ce quartier de haute volée, au shopping carbonisant, il n’est pas évident de trouver des adresses sans se faire joliment étriper. Cela dit, c’est également un style. Faut il encore trouver le coin brossé dans le sens du poil, une planque, pour rester fidèle à l’esprit de ce rendez-vous. Les hôtels possèdent au moins cette particularité avec le louable dessein de préserver la quiétude de leur clientèle. Celui posé sur la rue de la Paix, à un jet de carat, de la place Vendôme, est parfait pour cet exercice. Entrée dans le carrousel d’une porte, conciergerie distinguée et hop, une volée de marches pour atteindre, à l’étage, un petit nid douillet, hautement civilisé, aux magnifiques fauteuils pied de poule. La cuisine a voulu faire pareil.

...

Lire la suite

25 03 16
Paris. Zebulon, bien bon !

Paris. Zebulon, bien bon !

L’avisé restaurant Pirouette (dans les Halles) avait tout de suite pigé qu’il tenait le bon filon: de belles bouteilles à prix calmes, une cuisine délurée et un accueil amical. Voici dons la réplique plutôt réussie déposée au tout début de la rue de Richelieu, près de la Comédie Française, en lieu et place d’une table historique (chez Pierre). L’accueil est toujours juvénile et enthousiaste, les vins au rendez vous. La cuisine fut ce soir là excellente à l’instar d’une assiette de légumes « crosnes, baies et sauce saté » incisive à souhait. Le pigeon bénéficiait d’une cuisson impeccable. Ambiance un peu surlignée par une mauvaise insonorisation du restaurant mais bon sang, l’ensemble est plus que valable. Comptez 40-50€.

...

Lire la suite

25 02 16
Paris. Restaurant du Palais Royal, un seul hic...

Paris. Restaurant du Palais Royal, un seul hic…


Dans le merveilleux Palais Royal , à Paris, il y a comme un penchant naturel à ce que tout soit à l’unisson. Ce ne fut pas toujours le cas. Des tables profitaient de cette divine aspiration et même le Grand Véfour a toujours bénéficié d’une protection des dieux alors que la cuisine filait discretos un brin en dessous. A deux pas, en léger retrait, depuis un an, un nouveau chef s’est installé discrètement dans ce qui fut jadis le Petit Véfour. Philip Chronopoulos venu de chez Passard et Robuchon. Autant dire que l’étoile lui pend au nez, d’autant que les avis font presque l’unanimité. Dans ces cas là, on a tendance à se ranger dans la file indienne, d’autant que la direction est debout dans ses bottes, tentant de tempérer un service parfois un peu impétueux. Vue magnifique, décor compliqué, prix bonbon: 45 euros le cabillaud, 55 euros la sole. C’est apparemment parfait, très joli. Seul bémol, c’était tiède.

...

Lire la suite

25 11 15
Paris. Le Petit Bar, saurez vous le trouver ?

Paris. Le Petit Bar, saurez vous le trouver ?

Oh celui la, question deuxième rideau, c’est du gratiné. Vous passeriez vingt fois dans la rue que vous ne le calculeriez pas. Le quartier abonde en adresses rutilantes (Colette paonne tout à côté) et ce petit bistrot est dans son jus années 60: le Formica donne à fond, le ventilo Hélix brasse l’air, les murs sont jaune pastis, et le distributeur de cacahuètes temps son bec  de lièvre. L’assiette ne paie pas de mine. C’est une cuisine de maman: oeuf mayo, salade de tomate, rôti avec frites maison « et fraîches », tarte du jour aux fraises. Qu’est ce qu’on est bien! Le service a de la gouaille, de la tendre dérision, de l’apostrophe parigote. Et voila: clientèle parisienne avec son brassage invraisemblable et toujours un peu de places.  Addition rédigée sur des feuilles volantes, pas de carte de crédit bien entendu. Sixties, définitivement.

...

Lire la suite

02 11 15
Paris. Des adresses comme ça, ça déglingue...

Paris. Des adresses comme ça, ça déglingue…





Petit Bar, saurez vous le trouver ?

Oh celui la, question deuxième rideau, c’est du gratiné. Vous passeriez vingt fois dans la rue que vous ne le calculeriez pas. Le quartier abonde en adresses rutilantes (Colette paonne tout à côté) et ce petit bistrot est dans son jus années 60: le Formica donne à fond, le ventilo Hélix brasse l’air, les murs sont jaune pastis, et le distributeur de cacahuètes temps son bec  de lièvre. L’assiette ne paie pas de mine.
C’est une cuisine de maman: oeuf mayo, salade de tomate, rôti avec frites maison « et fraîches », tarte du jour aux fraises. Qu’est ce qu’on est bien! Le service a de la gouaille, de la tendre dérision, de l’apostrophe parigote. Et voila: clientèle parisienne avec son brassage invraisemblable et toujours un peu de places.  Addition rédigée sur des feuilles volantes, pas de carte de crédit bien entendu. Sixties, définitivement.

...

Lire la suite

30 10 15
Paris. Le Camélia, le bon usage du Mandarin Oriental

Paris. Le Camélia, le bon usage du Mandarin Oriental


C’est presque devenu un lieu commun. Si parfois (souvent) les grands restaurants vous accablent par leur maniérisme et leurs grands airs, il est sot de se lamenter. Il existe de superbes solutions de repli, à prix réduits et service diligent. Prenez le Mandarin Oriental et le célèbre restaurant de Thierry Marx « Sur mesures ». Personnellement, j’ai un mal de chien à entrer dans une cuisine qui fait l’unanimité. Je n’y retrouve pas la faconde, la rondeur et l’intelligence de ce grand chef. En revanche, à la deuxième table de l’hôtel, le Camélia, c’est extra. C’est plus simple, plus compréhensible pour les saints innocents. L’accueil est exquis, prévenant et jamais intrusif. L’assiette quant à elle, voltige et pique au centre. Les tomates chevauchées par les fraises et soutenu pas une buratta (huile vanillée et citron vert) tiennent bien le propos. Le pigeon avec une poétique déclinaison de maïs, girolles et sésame borde bien l’intitulé. Le cadre de la cour jardin est plus que plaisant. Seul bémol, l’addition reste gastronomique, très jet internationale (à part la formule habile du déjeuner à 48 euros). C’est sans doute cela ce frisson nouveau de la gastronomie, ce côté irraisonnable, au bord de l’absurde. Mais exquis. Comptez  donc 100 euros par personne. Brunch réputé.

...

Lire la suite