15 03 16
Ile Maurice. Deuxième impression: il suffit de se bouger un peu...

Ile Maurice. Deuxième impression: il suffit de se bouger un peu…

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Grace à Air France Magazine, j’ai pu me rendre sur l’île Maurice, objet de malentendu vacancier. Pourtant, il suffit de peu…

Précisément ce matin, Maya va nous prendre par la main. Cette anthropologue de formation est professeur en université. Il y avait sans doute quelque chose qui la tracassait: théoriser sur le patrimoine et le laisser s’effilocher, disparaitre faute d’en parler et de le montrer. Elle a donc décidé de créer avec une amie , Shakti Callikan, My Moris, et de pousser les portes de l’île. Nous voici donc dans Port Louis, la capitale, sortir du cercle touristique solidement matérialisé dans on mole, et de s’embarquer dans les ruelles, pousser des portes, tomber sur des dim sums merveilleusement parfumés à la coriandre fraîche. Ce restaurant étroit comme un couloir (pardi, c’est un couloir !) aligne deux tables. Le tour est joué. Mais jamais, miss Yung, ne vous donnera jamais la recette. De l’autre côté de Royal Road, accroupie sous sa bâche bleutée, Nooriza assistée par son fils, tourne inlassablement ses pistaches sur la braise et le sable. Elle fait cela depuis 25 ans. Elle accepte la photo comme les encouragements (en créole) de Maya. Celle ci en portant un regard complice encourage les petits métiers de la rue. Elle confère comme une fierté à ces boulots fragiles, monnayant pour quelques misérables roupies des pâtisseries chinoises, comme chez Amina, sur Queen street. Dès 6h 30 du matin, depuis  26 ans, elle faire chauffer ses « rôtis », petites crêpes fourrées à l’oignon,  l’ail, au gingembre et au thym.

Tout à coup, un autre pays se dessine, nous extirpant de la torpeur vacancière et in fine, nous délivrant un hédonisme contemporain: la sensualité de la connaissance. Surgit alors une géographie gourmande sans queue , ni tête. Un fatras savoureux ou se mélangent le XVIIIemme marseillais, la bourgeoisie bretonne de marine, l’Afrique, l’Inde, la Hollande, la Chine le tout servi sur sauce créole. L’histoire passe sans arrêt. Elle dépose les Anglais dans un nuage de lait (1810), et le Wedgwood blue sur les lattes de bois des rideaux, la conduite à gauche et quelques brouillards matinaux. Dans ce chaudron ventilé, les cultures s’adoucissent: les Français sont moins pénibles, les Anglais moins victoriens, le tout apaisée par l’hindouisme un peu plus souple qu’en Inde sur fond de mosquée, églises et temples tamouls. 

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A Port Louis, aujourd’hui, une façade de bois vient de s’effondrer sur Desforges street. La ville se desquame de toute une époque. Le béton continue de croquer les rues. Il pousse ses étages, quadrille sans âme, se moque d’un temps qui semble révolue. Mais qui, comme dans la chanson, résiste. Au Château de la Bourdonnais, il y a dix ans, un des piliers de la varangue (la véranda) rendit l’âme. Cette magnifique demeure vacillait de tous ses membres. Elle était exténuée. La vaste famille se concerta pour savoir si l’on cédait aux chants hôteliers, à l’hydre immobilière, ou à la ruineuse réfection du patrimoine familiale. A l’issu d’un vote secret, l’électronique délivra un résultat magnifique: tous étaient d’accord pour restaurer le bâtiment, se battre pour le souvenir, refaire toiture, planchers, fresques et ferronneries. Aujourd’hui, le domaine a de l’allure. Les pelouses ont le duvet frais et ras, les peintures  le teint beurre frais et le nouveau restaurant  s’aplatit sous les manguiers. On y fait pousser la vanille, les mangues, un centre de santé.

 La journée est passée comme l’éclair, on s’aperçoit alors qu’elle a une contenance inattendue. On peut y loger mille impressions et y laisser lever quelques sentiments et atmosphères.  Votre visage illumine d’autres lueurs que celle des coups de soleil. Ce dernier, on le sait,  est féroce. il brule et pointe. Comme s’il voulait signifier. Il est comme le vent, infatigable. Celui ci s’amuse des heures à et des heures à fouiller les paysages, les décoiffer. Jouer avec eux, mais ceux ci se lassent vite, ils se laissent faire, attendent le soir qu’ils aillent ailleurs jouer avec les nuages. Il y aura finalement dans ce voyage comme le message des rivages. ils laissent régulièrement quelques coquillages, des bois flottés, le sac et le ressac de la vie, les traces qui s’estompent et qu’il faut réimprimer sur le sable.

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